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14/05/2006

La Castafiore :
Vous dites :
P.H. : "Deux animaux marchent de front sur un arbre couché au dessus d'une rivière. L'un des deux met un coup de tête dans l'autre animal et celui-ci tombe à l'eau. Cette situation peut entraîner le rire parce qu'on se dira : " quel culot de pousser l'autre ! " Mais rira-t-on parce qu'on y voit un comportement humain ? La jalousie est-elle un comportement exclusivement humain ?"

Ce "raisonnement" est tiré par les cheveux et totalement orienté :
1 - tout spécialiste des animaux voire le premier vénérinaire venu nous le dirait : un animal ne fera jamais une telle chose gratuitement, surtout pas par "jalousie" ! S'il le fait, c'est parce que son instinct de survie le lui ordonne : si l' "autre" représente un danger pour lui ou du moins une concurrence, il cherchera à l'éliminer pour assurer sa propre survie. Si son existence ne le dérange pas, il ne fera rien contre lui. La "jalousie", qui est en effet un comportement pervers et artificiel, donc oui, exclusivement humain, n'a rien à voir là dedans !

Pervers et artificiel, sont des jugements de valeur. Le survisme ne fait pas de jugement de valeur. La jalousie humaine est générée lorsque votre survie est menacée (principalement l'égo). Mais quoi qu'il en soit, l'objet du texte était le rire. Un animal qui pousse un autre dans l'eau, peut nous faire rire. Que ce soit intentionnel ou pas. Un chat qui glisse dans le bocal du poisson rouge, fait rire (pas tout le monde puisque chacun a ses propres valeurs) et il n'y a aucune humanité là dedans. On peut avoir peur pour l'avenir du chat*, puis voir qu'il ne risquait rien. Il y a bien la peur, il y a bien la menace relative, et donc, déclenchement du rire.
(*L'empatie n'est pas réservée à l'humain. Un chien peut en éprouver et sauver un autre être, etc).

2 - alors oui, on rit parce qu'on rapporte cette situation à la situation identique dans laquelle les protagonistes seraient des humains, de même qu'on rit des "singeries" de nos frères inférieurs les singes "évolués", car on s'imagine voir un humain les faire.
Donc le singe ferait des "humaneries" ?
Prenons un exemple plus précis : Un dessin représentant un lapin assis à table avec une fourchette et un couteau, devant une assiette de viande et qui dit "j'aime la viande !".
Un humain peut-être dans cette situation, mais est-ce pour autant drôle ? Non. C'est normal. Par contre, qu'un lapin attablé avec une fourchette et un couteau dans les mains, c'est étonnant. Un lapin qui parle aussi. Un lapin qui mange de la viande aussi. Et pour les personnes qui voient dans ce dessin un parallèle avec "la vache folle" et la folie humaine, il peut y avoir "rire". Pour elles, il y a un danger (la maladie du cerveau lié aux prions) mais ce danger est relatif, ("peu d'humains en sont actuellement victime" ou "ça ne fait qu'ajouter un danger de plus à la folie de ce monde, on n'est plus à ça près") Equivalence entre les deux facteurs : la peur (danger sur la survie) + Menace relative = rire. Que la situation soit ou non identique pour un humain, n'est pas un facteur déclenchant le rire. Bergson s'est trompé.

3 -il n'y a point besoin de notion de danger, imminent ou supposé, pour faire rire ! Puisque nous parlons de dessins animés : quand y'a t'il danger quand Tex Avery fait se garer devant nos yeux une limousine d'environ 80 mètres de long ?
La nature humaine n'est pas primitive. Elle utilise beaucoup d'éléments qui peuvent paraître artificiels, mais pourtant ils sont là, et ils sont des facteurs parfois importants. Ainsi, ne pas voir la fin d'une voiture est un illogisme, et l'illogisme menace notre survie. Dans votre exemple, une voiture de 80 mètres n'existe pas, c'est impossible, le cerveau ne comprend pas cette "réalité" mais ce n'est qu'un dessin animé, donc pas de danger réel.

C'est juste de la caricature, de l'exagération.
Une caricature, c'est la réalité modifiée avec exagération. La frontière de la normalité est franchie (danger. Soit moral (si on se moque de la belle-mère ou d'une personne connue, car se moquer "ce n'est pas bien". En même temps, ce franchissement de limite ne peut pas entraîner la mort, donc tout va bien), soit logique, (exemple de la voiture ci-dessus), ou autre dépassement.

Le comique dit "de répétition" ("Qu'allait'il faire dans cette galère"- Molière - Les Fourberies de Scapin -
La folie (répéter toujours la même phrase kafkaïenne) est une menace pour notre survie, mais cette menace (la folie) est équilibrée par le fait qu'elle n'est pas réellement dangereuse (dédramatisation par le jeu de l'acteur), donc "rire."

"J'ai glissé, chef !" - Jean Lefebvre - La 7ème compagnie) : où est le danger ?
Le danger de paraître ridicule (en précisant que la chute est lié au fait d'avoir glissé, ainsi que sa façon de le dire d'une manière innocente (l'innocente dans ce cas est une forme de faiblesse, de danger, etc…)). Vous aimez paraître pour un(e) con(ne) ? Non, car ça menace généralement notre survie (sauf quand on a de l'humour ;o) )

Le comique de langage (jeux de mots, calembours, etc. ) : simple activité de l'esprit. Où est le danger ?
Danger dans le fait qu'un mot peut avoir un autre sens que celui dans notre tête (non maîtrise des significations, mais pas de danger réel : ce n'est qu'un "mot".)

Le comique "burlesque" (tarte à la crème dans le visage, seau de peinture sur la tête, Shirley et DIno, etc;) : où est le danger ?
Qu'est-ce que la connerie, sinon "une erreur" ? Une erreur peut être potentiellement dangereuse. Non ?

Et de plus, quand une situation potentiellement dangereuse se produit "pour de vrai" sous nos yeux (quelqu'un trébuche dans la rue, se cogne à un poteau, tombe de vélo ...), on a d'abord, à moins d'être complètement sadique ou insensible, un instant d'angoisse (oh ! il a dû se faire mal, là, non ? ...) le rire ne vient qu'une seconde ou deux après, quand on voit bien que la personne se relève sans avoir subi de dommages mettant sa survie (!) en danger !
Il y a donc bien "angoisse" liée à un "danger", mais ce danger est relatif, (finalement pas de douleur) donc rire. Mais le moment d'équilibre entre ces deux facteurs est mouvant suivant les individus ou suivant l'actualité de l'individu : On peut ne pas attendre de voir si la personne se relève, et avoir déjà en présence le "danger" lié au choc, ainsi que "pas de danger" parce que le choc, on l'évalue sans gravité.

P.H. : "De même, dans un paysage naturel non modifié par l'homme, la forme de certains rochers peut nous faire rire parce qu'elle ressemble à un animal ou à autre chose. Donc, contrairement à ce que Bergson a écrit (Un paysage pourra être beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible.) un paysage peut tout à fait, sans l'intervention humaine, être risible."
NON, un tel paysage ne nous fait pas rire, mais nous fait sourire, nous étonne, nous séduit, retient notre attention, mais en aucun cas ne nous fait rire.
Ne VOUS fait pas rire, mais ce genre d'élément illogique peut faire rire des enfants. Ainsi des rochers qui ressemblent à une maison : une vraie maison c'est un toit, des murs, et on peut entrer dedans. Une maison en rochers, on ne peut pas rentrer dedans ; comme un animal est fait de poils, pas de pierres. Et ce gendre d'illogismes peut faire rire. (Si ça ne VOUS fait pas rire, c'est tout simplement que vos valeurs ne font pas des éléments présents, un danger relatif).

Car le rire, oui, comme dit Bergson, est propre à l'Homme et est toujours une réaction par rapport à quelque chose que l'on met en parallèle avec ce qui est humain et non pas juste parce qu'on le voit avec des yeux d'humains. Démonstration est faite que le rire est lié à l'humain car c'est lui qui rit, mais qu'il n'y a pas besoin de parallèle entre l'élément déclencheur du rire et l'humain. Un rocher en forme de sanglier, un arbre en forme de girafe, une tomate en forme de cochon, ça nous étonne, ça nous fait sourire, ça nous arrache éventuellement un gloussement de surprise, mais c'est tout. Mais par contre, oui, un champignon en forme de Depardieu, un arbre en forme de Sarkozy, un nuage en forme de Marylin Monroe, un rocher en forme... de pénis, ça, ça fait rire, car il y a le rapport immédiat avec l'humain. Un nuage en forme d'éléphant peut fait rire car un éléphant ça ne vole pas (même avec de grandes oreilles). Car oui, et ne vous en déplaise, le rire est le propre de l'homme et il l'est toujours en comparaison, en référence à la "chose" qui serait éventuellement appliquée à l'Homme.
(voir ci-dessus).

Cependant, il faudrait quand même être plus honnête et plus précis dans l'énoncée de votre "théorie" et signaler que : "On fait ce qui assure notre survie, on ne fait pas ce qui n'assure pas notre survie." parle non pas de la survie purement physique mais de la survie morale, mentale, par-delà le passage de vie à trépas (car pour le commun des mortels, la survie représente le maintien en état des fonctions vitales cliniquement : système cardio-vasculaire et activité cérébrale) puisque, pour justifier et expliquer vos thèses sur le suicide ou l'anorexie notamment, vous incluez aussi dans le terme "survie (physique ?)" des éléments tout à fait SUBJECTIFS comme l'honneur, le bonheur, l'importance de ma place dans la société (en gros, vous amalgammez l'instinct de survie avec la pyramide de Maslow http://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins, qui est, elle, faut-il le rappeler, une théorie connue, vérifiée et vieille de 60 ans ). Cela clarifierait bien des choses.
La théorie du survisme est précise, et la survie l'est également :

survivre v. I. v. tr. indir. Survivre à. 1. (Personnes) Demeurer en vie après la mort de (qqn), après la disparition, la fin de (qqch). Survivre à ses enfants. Elle a survécu à l'Empire. 2. (Choses) Rester après la disparition de. Ses œuvres lui survivront longtemps. 3. (Personnes) Rester en vie après (un événement qui a entraîné de nombreuses morts). Il a seul survécu à cet accident. 4. (Personnes) Continuer à vivre (après un événement très éprouvant moralement). Il n'a pu survivre à son chagrin. 5. (Choses) Résister à ce qui pourrait entraîner une disparition. La religion a survécu au communisme. II. v. intr. 1. Continuer à vivre après un événement qui aurait pu entraîner la mort. Seuls trois passagers ont survécu. 2. Vivre dans des conditions difficiles. Un salaire qui lui permet à peine de survivre. III. v. pron. Se survivre dans ses enfants, dans ses œuvres: laisser après sa mort des enfants, des œuvres qui perpétuent son souvenir.
© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 1999

La définition que j'ai prise est : "existence qui continue après l'instant T." (ce qui en lisant le dictionnaire, est exactement la définition. Elle n'est pas limitée et primitive, mais adaptée à la complexité de l'humain et de son univers) Par contre, la définition que vous avez pris (en survolant) est, elle, subjective, car elle ne prend qu'une partie des éléments constituant la survie.

"l'honneur, le bonheur, l'importance de ma place dans la société" sont des valeurs potentiellement subjectives pour "l'autre", mais pour la personne qui raisonne, ces valeurs sont primordiales et parfaitement établies, précises, à l'instant T.
C'est ce que vous n'avez pas pris en compte.
subjectif, ive adj. 1. Qui a rapport au sujet pensant. Expérience subjective. . MED Trouble subjectif, qui n'est perçu que par le malade. 2. Qui exprime une certitude tout individuelle, qui ne peut être étendue à tous. Approche subjective d'un problème. Influencé par la personnalité, l'affectivité du sujet; partial. Jugement subjectif. Ant. objectif.
© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 1999

PS/ si le rire n'était pas lié à la peur, notre cerveau ne génèrerait pas d'endorphine. L'endorphine est un anti-douleur. Voilà pourquoi le rire peut soigner : Il y a la peur, il y a la drogue antidouleur, mais il n'y a pas la douleur. On se retrouve avec de l'antidouleur en trop. Cette drogue nous fait nous sentir bien. Si le rire n'était pas fondé sur la peur, il n'y aura pas d'endorphine dans notre corps. Vous ne pouvez rien contre cette preuve chimique et scientifiquement prouvée.

 

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