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17/11/2009 (et suite)

Marie-Pierre : Bonjour

Je suis la maman d'une adolescente anorexique

Elle va regulierement chez une nutritionniste et bientot chez une psychologue.

Elle passe beaucoup de temps sur internet dans un site qui parle de ça.
Je pense etre une bonne mere, tolerante, comprehensive d'ailleurs notre relation est plutot bonne. Je souffre beaucoup de la voir souffrir, elle me ment beaucoup surtout en me faisant croire qu'elle va arreter de se faire maigrir(sur le site elle dit le contaire...). J'ai tres peur bien sur

Dois-je lui suprimer internet, j'ai l'impression que cela participe au cercle vicieux?

Plus simplement quelle attitude dois-je adopter?

Merci

 

Bonjour,

Supprimer internet ne résoudra probablement rien car elle aura d’autres moyens d’y aller. Important à vérifier : le site où elle écrit le contraire de ce qu’elle vous dit est-il « pro-ana » (c'est-à-dire « fait par des anorexiques encourageant les autres filles à être anorexiques » ) ?

Si oui, vous avez sûrement la possibilité avec une option du navigateur internet (internet explorer ou Firefox) de lui interdire la connexion à ce site. Mais la coupure à ce genre de site extrêmement dangereux n’est qu’une mesure d’urgence et éphémère.

L’attitude à adopter est : l’intelligence.

Vous avez probablement lu les pages ici qui parlent spécifiquement des problèmes de comportement alimentaire. Vous savez donc que le problème mental n’est pas « le poids » mais un élément dans sa vie que son cerveau n’a pas « digéré », mis à sa place. Cet événement mal digéré, n’ayant pas trouvé une « cause logique »,
le cerveau a créé une « cause de substitution » : lui-même.
Ainsi, elle se rend coupable du problème. Et que fait-on des coupables ? On les punit. D’où le besoin de souffrir par la faim.

Egalement, elle veut maintenant « maîtriser » les événements et focalise sur un domaine à sa portée : la nourriture.

Pour vous, ne vous sentez pas « coupable » à votre tour. Les parents sont responsables de leurs enfants, mais ils sont incapables (c’est normal, c’est logique, c’est mieux ainsi) de contrôler tout ce qui peut graviter autour de son enfant. L’enfant doit apprendre à se débrouiller seul, à avancer dans la vie (évidemment, cela dépend de son âge).
Alors si vous entendez des psys qui accusent les mères, qui accusent « de ne pas avoir nourri son enfant au sein » , le complexe d’oedipe, ou je ne sais quel élément du genre, ne vous attardez pas, car le problème n’est pas là.

Le problème est dans l’information mal digérée (dont la valeur a été déformée par votre enfant)

(exemple : se rendre coupable d’un divorce (l’information mal comprise étant alors : qu’est-ce qui a causé le divorce ?), d’une mauvaise rencontre (le hasard étant mal accepté par le cerveau humain, il imagine qu’il n’y a pas de hasard, et donc, qu’il est coupable), de ne pas être aimé par un ou une telle (les informations mal comprises étant : qu’est-ce que l’amour ? qu’est-ce que l’individu unique ? qu’est-ce que le couple ? etc…)

Et ce qu’il y a à faire (là, vous pouvez intervenir en dialoguant sans tabou) c’est l’aider à comprendre pourquoi elle agit de telle et telle manière. Il faut qu’elle prenne conscience de la mécanique de cette maladie. (lui montrer ces pages et qu’elle vous dise ce qu’elle en pense / n’hésitez pas à utiliser ces pages pour lui montrer qu’elle n’est pas la seule à avoir ces problèmes, que le problème n’est pas « la nourriture », qu’il y a un moyen de se sortir de ce sentiment de culpabilité permanente, etc.)

Vous devez de votre côté « comprendre ses mensonges » :

Ils n’ont rien à voir avec une « trahison » du rapport mère-fille.
Son cerveau a une priorité : « souffrir parce qu’il pense le mériter », et chaque mensonge qu’elle fait sert dans un cercle vicieux à légitimer le fait « qu’elle n’est pas une personne bien, et qu’il est donc normal qu’elle souffre, etc ». Cela paraît irrationnel mais c’est malheureusement « logique » pour un cerveau anorexique qui a déformé la valeur de certains informations. (les informations déformées étant : le « problème » dont elle se rend coupable, sa notion de « justice », de « plaisir », l’image qu’elle a d’elle-même, …)
Mais ne vous attardez pas sur ses mensonges, occupez-vous de « l’information primaire » mal digérée, qui n’a pas trouvé une place harmonieuse dans le cerveau.

L’enfant se fait des idées toute seule, en ne communiquant pas à des moments clés de son existence. Et il reste sur ses positions à force de s’être auto-convaincu que c’était la réalité absolue. Il est donc important de communiquer un maximum (en évitant de parler seulement de la pluie et du beau temps).
C’est long, c’est lent, mais il faut communiquer et ne pas perdre courage.
On ne change pas de point de vue en 5 secondes !

L’autre élément important est la « dédramatisation ». Evidemment, ne pas manger correctement est extrêmement dangereux pour la santé et il peut y avoir des séquelles importantes, mais l’enfant souffrant de TCA est « sous pression permanente » et dédramatiser permet de relativiser, de souffler, et de se donner le temps pour réfléchir et comprendre.

Si vous avez des questions suite à ce texte, n’hésitez pas.

18/11/2009

Marie-Pierre : Bonsoir et merci de votre reponse rapide
Le site ou va ma fille c'est elle meme qui l'a crée c'est une espèce de blog avec un forum. Elle le déclare: Anti-pro-ana car elle est consciente du danger des pro-ana mais paradoxalement elle y parle beaucoup de regime et declare vouloir continuer à maigrir et ne declare pas vouloir guerir. Les filles qui participent au forum sont la aussi pour maigrir, cela me semble pas tres sain meme si les methodes dont ont y parle sont "que" regime, sport et aliments brulant les calories... Ma fille a 15 ans et est deja maigre. Je lui ai parle hier soir de votre façon de penser et elle a semble bien receptive mais si un evenement a declanche cette attitude nous ne savons pas lequel.
Faut-il le absoluement le trouver pour que ma fille guerisse et si oui comment?
Ou bien suffit-il de comprendre le mecanisme?
Merci

<<<<<<<<<<< suffit-il de comprendre le mecanisme ? <<<<<<<<<<

Comprendre le mécanisme permet au malade et aux personnes entourant le malade, de ne pas se tromper de problème à résoudre. Le problème à résoudre n’est pas le poids ou la nourriture, mais le sentiment de culpabilité lié au problème passé. Comprendre le mécanisme permet également de prendre conscience de la maladie, du pourquoi et du comment, et cela permet au malade une certaine relativisation : le ou la malade n’est pas une imbécile. Il ou elle s’est juste trompé à un moment de sa vie, et sa solitude l’a conforté dans son erreur. C’est tout.

<<<<<<<<<< Je lui ai parle hier soir de votre façon de penser et elle a semble bien receptive mais si un evenement a declanche cette attitude nous ne savons pas lequel. <<<<<<<<<<<<<<<<

dans la page ici, vous pourrez lire qu’une des méthodes pour détecter « l’information mal digérée », est de repérer le moment où la malade a commencé à « vouloir contrôler » (la nourriture ou un autre domaine). Tout pouvant être sujet à devenir une « information mal digérée », je ne peux vous en dire plus. La mécanique est toujours la même, mais les composants des rouages, eux, sont propres à chaque patient, même si on peut parfois établir des « familles » de problèmes.
Mais pour qu’il y ait le « déclic » chez le malade, il ne faut pas lui « bourrer le mou » avec des choses toutes faites : il faut le laisser s’exprimer sur tous les sujets et voir si à un moment, il y a un illogisme, un élément disproportionné (autre que la nourriture et le poids).

Une autre méthode est « chercher le tabou ». Quel sujet est tabou pour votre fille ? (car en général, quand on a honte (même à tord) d’un événement, on n’en parle pas, c’est tabou). Est-ce qu’une maman est la mieux placée pour parler « tabou » à sa fille ou inversement ? Là, je ne peux me prononcer car ça dépend des personnes en présence. (Mais n’y prenez pas mal, c’est juste qu’un enfant a parfois l’impression de « passer pour un con » s’il parle de tel ou tel sujet à ses parents… On n’y peut rien sinon être patient et expliquer).

Pour déterminer où est un tabou, parfois si une personne se met à pleurer sans raison, cela peut être un indicateur. Mais des pleurs peuvent être aussi « sans lien direct » et exister seulement parce que le ou la malade est à bout de nerfs. Donc, rester prudent.

Pour compliquer ce qui précède, des problèmes ne font surface qu’au stade de l’adolescence alors qu’ils datent de beaucoup plus jeune.

Pourquoi ?

- Parce que c’est à cet âge que le « sexe » commence à mettre la pression sur les neurones. Ce sexe peut être très angoissant (comme tout sujet que l’on ne connaît pas correctement). Mais le patient a-t-il vu, entendu, vécu quelque chose qui fait qu’il y a « blocage » ? C’est quoi le sexe ? Du plaisir ? De la souffrance ? De la peur ? La maternité ? Transmettre quoi dans son enfant ? Etc. Là encore, les « grands moments de silence » peuvent être des indicateurs.

- Parce que c’est à cet âge qu’il faut faire des choix pour sa vie d’adulte, qu’il faut savoir ce que l’on veut, ce que l’on est… Quand on voit certaines personnes réussir, être admirées de tous, et nous, ne pas y arriver, manquer de forces, de réussite, on peut se trouver nul et légitimer sa « nullité » en se disant « je le mérite »… Mais si l’adolescence met cette pression du regard des autres, il ne faut pas confondre ça avec « la cause réelle » (l’information mal digérée). « la cause réelle » à l’anorexie est en général plus ancienne et a lentement « creusé » son trou pendant des années.

Quoi qu’il en soit, n’ayez pas le sentiment de vous noyer dans cet océan de possibilités. Voyez toutes ces possibilités comme des chemins à suivre. Et si plusieurs sont des cul-de-sac (ce qui sera normal tant que vous n’aurez pas trouver celui qui génère le déclic chez le patient), suivez un autre chemin !

L’important étant de ne pas rester passif, muet et d’attendre.
L’important pour votre fille est de comprendre que c’est une maladie.
Ce n’est pas une catastrophe, mais c’est une maladie. Une maladie à soigner parce que (comme pour tout humain) votre fille mérite d’être heureuse, pleinement heureuse, de ne plus être un « pantin » de sa vie.

Si vous avez des questions suite à ce texte, n’hésitez pas.

 

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