Bergson : du compliqué
qui finit par être faux.

 

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COMPARATIFS

16/02/2006

L'analyse du rire vu par le survisme me semble copié sur l'analyse de Bergson, qu'avez-vous à répondre ?

Je réponds "Erreur". Les deux analyses sont proches car Bergson a bien remarqué certains points importants, mais il n'a démontré aucun principe général et dès les premières lignes de son essai, il s'est trompé. En voici la preuve, lorsqu'il écrit :

Voici le premier point sur lequel nous appellerons l'attention. Il n'y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. Un paysage pourra être beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible. On rira d'un animal, mais parce qu'on aura surpris chez lui une attitude d'homme ou une expression humaine.

Le rire n'a absolument pas besoin d'humanité (bien que souvent, puisque le rire est signe de peur, le danger vienne de l'humain ou d'un comportement humain.)
Exemple parmi d'autres, invalidant cette approche de Bergson :

J'ai vu dernièrement dans un dessin animé, un homme dans un appartement poursuivi par une table en feu se déplaçant comme un animal (à 4 pattes). Alors pourquoi ai-je ri ? Pour l'humanité d'une table ? Pour son caractère vivant/animal ? Mais un humain ne se déplace pas à 4 pattes. Ai-je ri parce qu'il y avait le feu ? Parce que le feu est humain ? La réalité est plus simple : s'imaginer à la place de cette homme, être poursuivi par une table vivante et en feu, c'est terrifiant. Heureusement, c'est un dessin animé. Il n'y a donc pas de danger réel. Le côté absurde de cette situation, son illogisme pourrait nous faire peur si c'était un documentaire, ou un film avec un vrai acteur, car il y aurait moins de " vitre protectrice " entre le danger et nous. Mais là, c'est un dessin animé, donc personne n'est vraiment menacé.

Autre exemple : Deux animaux marchent de front sur un arbre couché au dessus d'une rivière. L'un des deux met un coup de tête dans l'autre animal et celui-ci tombe à l'eau. Cette situation peut entraîner le rire parce qu'on se dira : "quel culot de pousser l'autre !" Mais rira-t-on parce qu'on y voit un comportement humain ? La jalousie est-elle un comportement exclusivement humain ?

Evidemment nous voyons la scène en tant qu'humain, mais vu que nous ne sommes pas des extra-terrestres, comment pouvons nous voir autrement qu'avec des yeux humains et donc avoir la "notion humaine" qui entre en jeu dans le processus du rire ?

Un paysage dessiné avec un ciel de couleur vert et des taches roses pourra faire rire un enfant parce qu'il se dira : " ce n'est pas possible un ciel comme ça " (Illogisme, danger, mais ce n'est pas la réalité, donc pas un danger réel, ce qui déclenche le rire de l'enfant.)

De même, dans un paysage naturel non modifié par l'homme, la forme de certains rochers peut nous faire rire parce qu'elle ressemble à un animal ou à autre chose. Un enfant peut rire de la forme des nuages parce qu'ils ressemblent à un mouton.
Le danger est : un mouton énorme dans le ciel, c'est illogique !
Mais ce danger n'est pas menaçant : on ne risque rien.
D'où déclenchement du rire.
(Evidemment, un enfant sera plus à même de rire d'un tel évènement, car l'adulte ne sentira pas de menace, aura "déjà vu ça", l'habitude empêchant l'information de prendre l'étiquette de "danger".
Donc, contrairement à ce que Bergson a écrit (Un paysage pourra être beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible.) un paysage peut tout à fait, sans l'intervention humaine, et sans qu'il ressemble à un humain, être risible.

Finissons par l'exemple suivant :

Imaginer une vache qui vole, est-ce rigolo parce qu'elle est humaine ou a un comportement humain ? Non, c'est rigolo parce c'est illogique, que l'illogisme c'est ne pas maîtriser, d'où danger, mais le jour où on verra voler les vaches, il faudra se méfier des chutes de bouses ! Donc, pas de danger réel.
Equilibre entre ces deux forces.

Conclusion : l'étude de Bergson est incomplète et donc par moments fausse. (sans oublier son caractère "usine à gaz" qui complique l'analyse sans pour autant être complète.)
Le survisme, lui, explique noir sur blanc le mécanisme du rire
(cliquez ici), et ce mécanisme ne souffre d'aucune exception, et est compréhensible de tous. (si vous n'êtes pas d'accord)