Construire la confiance en soi,
tout en soldant
le sentiment d'abandon.

 

Rechercher dans nos différentes pages, une réponse ou une question,
par date
ou par mot clé...

Conversation précédente

31/10/2012 (et 21/04/2014 plus bas)

pyrus : Comme tout le monde dans ma famille, elle connait mon histoire avec mes parents. En bref, bien que cela a tout d'un roman fleuve, j'avais 14 ans quand le couple que formait mes parents a commencé à aller très mal (désir brutal de rupture de la part de ma mère, refus de mon père...).Ma mère est partie vivre chez son père 9 mois et nous a laissé ( Nous étions 4 enfants) à la charge de mon père. Hélas, ne trouvant pas de travail, elle à passé un accord avec mon père : revenir vivre à la maison, à condition de ne plus partager sa chambre ; ils ont vécu ainsi « comme frères et soeurs » durant une dizaine d'années.
Mon père a tenté dans les premiers temps « de la reconquérir », en vain. L'ambiance familiale était évidemment très particulière, parfois bon enfant (quand mon père avait peut être encore espoir...) le plus souvent tendue, mon père devenant aigri et ses propos pouvaient ètre méchants...Durant la période a laquelle ma mère est partie chez son père, j'ai été le psycholoque de mon père, essayant de l'aider, puis celui de ma mère à son retour...Il sont fini par divorcer, à la demande de ma mère. Lui a refait sa vie, elle vit seule en autarcie, coupée du monde et de ses réalités...Mes parents s'interessent très peu à ma vie,à celle de mes frères et sœurs ou de leur petits enfants ; nous nous voyons en moyenne tous les 2 ans ( éloignement géographique) .
Toutes ces années, j'ai voulu « diagnostiquer » ce qu'elle avait (pour l'aider je pense), comme peut être je tente de « diagnostiquer « ma fille depuis 4 ans... Des fois je me dit que le fardeau dont je me croyais affranchie il y a longtemps, en vivant ma vie de femme et de mère épanouie(ce malgré le poids que nous ont fait porter nos parents) je le porte encore aujourd'hui ;
cette tendance à toujours tout « psychologiser », c'est peut être cela le vrai problème ?

Il faut nuancer :

  • Chercher à comprendre l’autre et soi-même est une excellente chose
  • Aider l’autre est tout à fait louable, gratifiant, positif

Là où il peut y avoir problème, c’est lorsque son savoir en psychologie ne permet pas d’améliorer les choses.
Parfois on a beau « savoir », si « l’autre » n’en a rien à faire… Inutile de se prendre pour dieu.
Parfois on se base sur un savoir pas tout à fait au point, et donc, on se prend la tête dans des raisonnements qui tournent en rond, et là, ça épuise, et ça « décourage » les personnes présentes à vouloir comprendre.

Un dernier point, si vous pensez « pouvoir changer les choses quelle que soit la situation », alors vous risquez de vous prendre souvent le « mur de la réalité » dans la tête, et devenir dépressive faute d’arriver à soigner rapidement et efficacement. Il faut trouver un équilibre entre « apporter son aide » et savoir que son aide sera toujours limité au fait que « chacun sa vie » : si la personne aidée n’a pas envie de se prendre en main, vous ne pourrez pas vivre sa vie à sa place.
Cet équilibre est parfois « déchirant » car on aimerait que…
Mais nous ne sommes pas Atlas portant le monde.
Chacun doit faire sa part de travail, comme pour la légende du Colibri face au feu (que je vous laisserais trouver si cela vous intéresse).

Sur ce sujet mes filles , et en particulier celle dont on parle, n'en reviennent pas « que je m'en soit si bien sortie ». C'est vraie qu'elle a tendance à toujours vouloir se couler dans « ce que veux l'autre », mais comment faire ?

Elle doit intégrer le paramètre précédemment cité :
« Personne ne vivra ta vie à part toi. Ce n’est pas une montagne, c’est juste un chemin, pas après pas, et un équilibre à trouver entre obligations, devoirs, et droits ».

Nous avons toujours encouragé chez nos enfants l'envie, le désir de...

Cela est tout à fait louable, arrêtez de vous culpabiliser, de vous mettre sur le dos une responsabilité énorme. Il y a trop de paramètres dans les vies humaines, pour pouvoir « tout contrôler ». Il faut apprendre le « lâcher prise » au bon moment.
Il y a peut-être chez votre fille, une envie de tout maîtriser, cherchant à imiter sa maman.
Mais n’y arrivant pas, elle a honte, et préfère « ne pas vivre sa vie » de peur d’être de nouveau en situation d'échec.
Et comme le cerveau humain a besoin de « bonheur » pour rééquilibrer son moral, la nourriture devient « source de bonheur » (jusqu’au point où même la nourriture devient un enfer). / car le bonheur est dans l’équilibre, pas dans « l’absolu ».
« L’absolu » est une utopie dangereuse qui rend fou car « l’absolu est toujours au-delà de… », insaisissable.

Pour info, l’une des bonnes manières de reconstruire sa confiance en soit, est de « faire par soi-même. »
Commercer par de petites choses, mais aller jusqu’au bout.
Chaque petite « mission » réalisée construit la confiance de celui qui fait.

Mes deux autre filles font des études dans le domaines de l'art, malgré la peur que l'on peut avoir en tant que parent du peu de débouchés dans ce domaine. Avant que tout cela arrive, elle était passionnée de danse. Elle a pris des cours pendant plusieurs années, mais il y avait toujours un truc qui n'allait pas, la prof, le fait qu'elle avait du mal à se rappeler la chorégraphie... Elle avait des ambitions professionnelles dans ce domaine et a été terriblement déçue lorsqu'au conservatoire on lui a dit qu'elle était trop timide et que cela poserait une problème. Sont venus ensuite les problèmes de phobies scolaires à son entrée au lycée et à l'internat, puis les problèmes alimentaires. Elle n'a plus dansé.

Il n’y a pas qu’un seul « type de danse ».

Elle dit que cela lui manque, mais avec ses problèmes de surpoids, évidemment... C'est un cercle vicieux.

Manquant de confiance en eux, certains cerveaux focalisent sur un domaine. Et lorsqu’ils sont face à la disparition de ce domaine sur lequel ils ont focalisé, ils ne savent plus quoi faire, ils ont l’impression de « disparaître ». Pour contrer cela, il faut « ouvrir son esprit » aux nombreux domaines d’activités humaines. Ne pas être effrayé, comprendre que même les choses complexes sont faites de « petites choses simples et accessibles ». Mais ce n’est pas évident de se « déprogrammer » de sa focalisation sur un seul domaine.

En ce qui concerne le vécu qui aurait pu être différent, c'est vrai que les années qui ont précédées sa rupture scolaire ( et le cortège des problèmes qui ont suivis), son carastère irrascible et ses problèmes « d'incontinence » diurnes dont je vous ai déjà parlé faisait que lors des sorties familiales, nous n'insistions pas pour qu'elle nous accompagne. Nous avions constaté que dès lors qu'elles étaient les trois ensemble, c'était source de disputes , de conflits...

Si dans un premier temps « l’isolement soulage » toutes les parties, on ne peut empêcher le cerveau de l’enfant de penser qu’il est quelque part : « abandonné parce qu’il n’est pas bien ».
S'il s’ancre cette information dans la tête, il faut ensuite (mais c’est long) dégommer cette idée et la remplacer par la compréhension de la situation dans sa globalité, admettre ses erreurs possibles, et prouver par A+B que ce n’était pas un abandon, que l’amour était bel et bien là.

En fait, nous avons toujours espéré que son caractère s'assouplirait en grandissant...

La prise de conscience de soi, à sa juste valeur, sans se surestimer, sans se sous-estimer, n’est pas évidente, mais parfaitement possible. Il faut juste « trouver le bon bouton », la bonne information qui fera « tilt » dans sa tête.

C'est quoi au juste « l'enseignement des échecs » dont vous parlez ?

C’est un ensemble de choses à assimiler :

  • notre ego n’est pas notre pire ennemi, mais parfois si. Admettre ses erreurs ce n’est pas « disparaître », c’est juste remettre son ego à sa place.

  • Les grandes découvertes se font parfois par erreur. Exemple : la pénicilline.

  • L’apprentissage de la vie, c’est savoir rebondir, c’est savoir qu’un échec n’est pas « la fin », qu’il y a toujours « une virgule » pour reprendre son souffle et continuer sa route.

  • L’échec, c’est juste « un objectif qui n’a pas été en adéquation avec la réalité ». Il faut donc apprendre à :
    - soit changer d’objectif s’il est impossible à atteindre (mais même aller sur la lune reste possible, avec beaucoup de moyens),
    - soit réunir les bons éléments et s’attacher à comprendre où est la réalité des choses.

Mais tout ceci n’est que des grands principes et rien ne vaut l’expérimentation par soi-même.

Si vous voulez que votre fille s’ouvre l’esprit, il sera peut être bon de lui prendre la main (car les dépressifs doivent avoir de l’aide extérieur s’ils n’ont pas déjà l’expérience du rebond), lui expliquer et surtout lui montrer que le monde extérieur n’est pas que du danger, qu’elle doit peut-être lire des bouquins de philos et voir ce qui lui parle, élargir son monde, enlever ses œillères qu’elle croit protectrice (court terme) mais qui en fait l’empêche d’être bien (à moyen et long terme). Elle doit aussi comprendre que la focalisation est une fausse maîtrise du monde extérieur, etc.
« Oser exister. »

Courage.

 

21/04/2014

pyrus : Bonjour, 2 ans ont passé depuis notre dernier "entretien"...

(depuis le début de "l'entretien" :o)

Donc 6 ans que ma fille va mal ; des périodes d'espoir bien sur, elle a fini par avoir son bac, et nous l'avons ensuite incité à suivre un apprentissage en alternance car il était indispensable ( à notre survie, et peut être à la sienne aussi) qu'elle quitte la maison.

Bravo au passage pour cet engagement et toutes ces forces que vous dépensez pour améliorer les choses.

Depuis septembre dernier, elle a eu un premier employeur, qu'elle a quitté au bout de 2 mois, et celui actuellement, avec qui cela se passait bien jusqu'à maintenant, mais elle vient de m'avouer qu'elle sentait que cela se gâtait (elle a du mal a se concentrer, oublis fréquents...) Elle est boulimique chronique car, avant, elle arrivait à arrêter de manger ( excès inverse) et réussissait tant bien que mal à garder un poids moyen. Elle est actuellement en surpoids et se rend compte qu'elle ne gère plus du tout ca (ni le reste )... J'ai soupçonné très tôt une maladie bipolaire, hélas les soignants qui l'on suivit n'ont rien vu (elle porte un masque comme elle dit ; elle aimerait que tout aille bien et fait "comme si", puis abandonne tout suivit psy)

Remarque : le terme « maladie bipolaire » est un terme inventé il y a quelques années par l'industrie pharmaceutique pour vendre des « régulateurs d'humeurs », mais ce qui est appelé bipolarité n'est rien d'autre qu'une instabilité, une dépression que le cerveau arrive parfois à contrer par la « sur motivation » (ce qui se traduit par des passions soudaines et fugaces). Puis rechute. Etc.

Je lui avait donné les coordonnées d'un psy comportementaliste dans la région ou elle vit maintenant, elle m'avait dit avoir pris RDV ; hier lors de notre discussion " à cœur ouvert" (il y en a eu comme cela qq unes au cours des dernières années et c'est là les seuls moments ou je sais "qu"elle est elle-même,qu' elle ne ment pas...)elle m'a avoué que non, elle n'a jamais pris RDV. Ces motivations ? Elle est persuadée qu'elle ne guérira jamais, elle est comme cela depuis toujours, etc...

N'oublions pas que dans un grand coin de sa tête, elle s'est auto-convaincu qu'elle mérite de souffrir (principe anorexique). Elle pense qu'elle ne guérira jamais surtout parce qu'elle ne veut pas guérir, elle pense qu'elle mérite ce qui lui arrive. D'où ensuite le manque de motivation à changer un état de fait qui quelque part lui paraît « juste ».

Comprenez-vous ce raisonnement ?

Une information dont il faut changer la valeur dans son cerveau :
Est-ce que je mérite d'exister ? OUI !

Elle ne sait pas gérer son argent et ne fait aucune démarches administratives ; j'envisage la curatelle ; elle me dit que cela la soulagerait. Tout cela date d'hier soir seulement... Comment faire pour l'aider au mieux? Elle risque de perdre son travail, seul lien social durement obtenu!

Je connais assez bien ces comportements.
Ils sont liés à un mélange de :

  • manque de confiance en soi (lié à un mauvais apprentissage, elle n'a pas assez « fait par soi-même » et ainsi compris qu'elle était capable de faire les choses, et également en tirer une certaine fierté, valorisation de sa personne non dans un but « d'ego sur-dimensionné » mais dans le but qu'elle sache qui elle est; quelle est sa place, quelles sont ses limites, etc.)

  • manque de rigueur personnelle. Assumer son existence n'est pas évident lorsqu'on s'est convaincu que son existence est quelque part, une erreur...

La solution de la curatelle est à mon avis une très mauvaise idée car cela la conforte dans son sentiment de culpabilité et d'incapacité.
C'est peut être une solution à très court terme, mais... ça ne l'aidera pas à se construire, à identifier et valoriser les choses que « elle », elle aime.

Bonne suite, bonne progression à vous et à votre fille.

 

Des précisions ? N’hésitez pas.

.