L'enfant n'est pas soi.

 

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18/06/2014

(début de conversation)

 

pyrus : bonjour,
je vais surement beaucoup vous décevoir , surtout après que vous m'ayez félicité pour "mon engagement" , car ca y est j'abandonne .
Ou plutôt, je L'abandonne. Par épuisement, déception, impuissance surtout... L'impensable est entrain de se passer. Ma fille (j'ai même du mal à prononcer ce mot " fille" en ce qui la concerne...) a finit par être en arrêt maladie d'un mois puis ne répondait plus au téléphone quand il a fallut retravaillé.
Nous l'avons accueillit à la maison, mais c'était la cata : agressive etc..." elle est bipolaire, on la comprends pas...".Elle était prête à être internée mais dans une clinique "spéciale bipolaire"... J'ai repris contact avec un équipe qui la suivait en addicto et à l'issue de son rdv avec l'éduc spé, celle ci m'a dit que L (ma fille) avait besoin d'être protégée et ne pouvait pas reprendre le travail; dont hospitalisation en psychiatrie...
Tout ca pour ca ? Cinq ans d'enfer pour en arriver la? C'était ma limite.... Je jette l'éponge.

Le psy l'a diagnostiqué Bipolaire et le RDV que j'avais pris avec un spécialiste de cette maladie (avant que je lâche) a confirmé ce diagnostique. Elle est maintenant sous Dépakot. Depuis son hospitalisation ( une quinzaine de jours maintenant), j'évite tout contact avec elle, je ne peux ni ne veux plus.
Elle a appelé deux fois, toujours pour des problèmes de "logistique". Je reste le plus distante possible. Je ne supportais plus le chantage affectif qu'elle me faisait. Elle est en arret jusqu'au 24 juin. Son employeur (très compréhensif) me contacte pour savoir ou ca en est; moi même je ne sais pas...

 

Bonjour,

tout d'abord, vous ne me décevez pas.
Je n'ai pas fait ce site pour être dans des rapports de jugements (le bien, le mal) mais pour essayer d'apporter (humblement) des solutions à des problèmes liées à la psychologie.

Je suis néanmoins ennuyé par le fait de n'avoir pas pu aider correctement. C'est donc moi qui suit désolé.

Mais je voudrais faire les précisions suivantes :

votre fille a des problèmes pour gérer son monde et son rapport au monde. C'est un problème qui la concerne directement, or c'est avec vous que je communique.

D'autre part, vous semblez fortement culpabiliser.

Il est normal en tant que mère, de se préoccuper de la vie de sa progéniture. Mais il ne faut jamais oublier que ses enfants sont des êtres indépendants. Connectés par les liens familiaux, soit, mais indépendants. Et une partie de l'éducation réside dans « la bonne digestion » de la séparation physique et mentale. Accepter que l'autre est un(e) autre.

Freud a métaphorisé ça très très maladroitement dans le « avoir des relations sexuelles avec le sexe opposé » et « tuer le sexe identique », mais il s'agit seulement de « faire la différence entre moi et ce qui sort de moi » (pour les parents) et « être issu de... mais ne pas être identique à... » (pour l'enfant).

Or vous ne semblez pas bien digérer ces différences entre vous et votre fille. (et elle aussi. Car probablement elle n'arrive pas à communiquer ce qu'elle est vraiment, trouver sa place à elle, identifier et défendre ses valeurs à elle).

Ce qui fait qu'elle est en quelque sorte dans « Les limbes ».

Comment vivre son internement ? Si c'est pour prendre du recul et arriver à stabiliser ses valeurs à elle, alors ce sera une très bonne chose.

Comment vivre le diagnostique « bi-polaire » ? Je crois me souvenir que vous m'aviez parlé de ça presque depuis le début. Et je vais vous redire que le terme « bi-polaire » est juste une étiquette (une étiquette nouvelle, avant, le domaine médical employait le terme « magnaco-dépressif » je crois), mais n'explique pas pourquoi un humain passe de l'état d'euphorie à l'état de morbidité.
Or l'humain a besoin d'explications poussées pour comprendre. Il peut se contenter des étiquettes pour aller vite, mais le fond mérite plus d'attention.
L'humain passe de l'état d'euphorie à l'état morbide et inversement, parce qu'il ne trouve pas de valeur stable en lui-même.
Il s'accroche alors aux éléments qui passent, extérieurs à lui. Et comme ces éléments ne font que passer, cela donne un « yoyo », car dès que la personne n'a plus d'élément extérieur positif auquel se raccrocher, il se retrouve face à lui-même : le vide.

Le vide étant : « qui je suis ? Rien... »
D'où dépression, morbidité, sentiment de culpabilité (à cause de la comparaison qu'elle fait de son vide face aux autres personnes qui elles, lui paraissent pleine de choses biens), auto-destruction, etc.

Pour la question de l'employeur, cela peut servir d'exemple pour comprendre les valeurs dominantes respectives :
Pour vous, avoir un salaire est important car ça permet d'avoir "des moyens financiers", d'avoir un statut social, ça vous permet de pouvoir dire "ma fille fait ça" (plus valorisant que dire "ma fille n'est pas incluse dans la société", etc.
Pour votre fille
, avoir un travail peut vouloir dire "avoir de quoi m'acheter ensuite des choses", mais ce n'est pas "elle". Or son problème principal est "qui je suis ?"
Garder un travail n'est donc pas important, surtout si ce travail est motivé par l'argent et non par l'épanouissement de ses capacités. ("argent" étant une valeur inférieure (pour elle) à "ma place, mon équilibre").

Je ne sais pas si ces mots vous sembleront utiles, mais en résumé, vous devez apprendre :

à déculpabiliser, à lâcher prise, ne plus diriger les autres (si vous le faites), les dangers pour elle ne sont pas forcément vos dangers à vous,
et elle doit apprendre à savoir ce qu'elle est, quelles sont ses valeurs à elle, des valeurs qui lui font se sentir bien (sans l'influence d'autrui) et pouvoir les communiquer.

Chaque humain a son chemin,
(Ne vivons pas dans le chemin des autres ou n'imposons pas notre chemin aux autres, ce qui n'empêche pas les chemins parallèles à certains moments, ni l'harmonie respective malgré les différences.)

 

20/06/2014

pyrus : Comment lacher prise quand la dernière chose qui me lie a elle c'est justement l'argent ; nous sommes garants du paiement de son loyer, je dois encore aujourd'hui même compléter un dossier qui était en cours pour qu'elle bénéficie d'aides pour ce logement... Tout est fait (elle a tout fait?) pour que je sois impliquée dans sa vie. .

Si elle n'a pas trouvé son équilibre, sa raison d'exister, qu'elle pense être « rien », qu'elle souffre, et qu'elle cherche une « cause » à ses souffrances, n'ayant parfois pas envie d'exister, il est « logique » d'en vouloir à ceux qui vous ont fait exister.

C'est difficile de démontrer à quelqu'un qu'il se trompe alors qu'il est sûr et certain d'avoir raison.

Le risque du « lâcher prise » dans votre situation, est évidemment qu'elle « parte à la dérive totalement », sorte de clochardisation. Mais pour qu'elle se prenne en main, qu'elle prenne conscience de ce qui est « important », il lui faut une sorte « d'électro-choc ».
Certaines personnes réagissent seulement lorsqu'elles sont vraiment au fond du trou, d'autres ne réagissent pas du tout car elles ont ce sentiment profond de ne pas avoir à exister (sorte de lent suicide).
Mais si elle est hospitalisée, il faut espérer qu'un médecin finisse pas lui faire se poser les bonnes questions, qu'il fasse en sorte de réparer sa profonde fêlure.

En attendant, je veux bien ne "plus tout diriger" comme vous dites ( bien que j'avais plutot l'impression d'aider, mais c'est peut être là le problème : en aidant, fatalement, on dirige ,non ? Ou se situe la limite?),

Evidemment, aider est du côté de la bienveillance, mais si l'apprentissage de « s'assumer », faire les choses par soi-même pour avoir confiance, ne se fait pas, l'enfant reste un enfant.

La limite ?

Si vous agissez à sa place, vous prenez une part de sa vie. Si vous enseignez comment faire, (accompagnement sans spoliation), vous l'aidez à construire sa vie.
A la difficile question : qu'est-ce qu'une bonne éducation ?
On peut répondre « savoir se tenir en société », mais ça, c'est de la surface.
La bonne réponse (à mon avis) est : savoir agir quand il le faut. (à la fois face à un danger, à la fois face à du plaisir). La bonne éducation doit (en théorie) permettre à la fois l'épanouissement personnel, à la fois de se défendre face à une « attaque » (pas besoin d'être superman ou superwoman, savoir se défendre c'est aussi savoir faire appel aux autres et à leurs capacités).
Equilibre, connaissances de ses limites, etc. Etc.

Ceci dit, le cautionnement d'appartement n'a rien à voir avec une faiblesse psychologique. Ce paramètre est lié aux lois en vigueur. Certains propriétaires n'en demandent pas autant, mais la plupart...

mais c'est bien moi que le propriétaire du logement et son employeur appellent ! Elle ne répond pas à leurs appels....

C'est tout à fait normal de ne pas répondre à leurs appels lorsqu'on a dans la tête l'idée de « ne pas savoir quoi répondre ». La peur l'empêche d'agir. Elle pourra dire « oh, ils me saoulent ! » pour ne pas perdre la face, mais à l'intérieur, elle est terrifiée par l'idée d'assumer son existence.

Il faut comprendre que dans sa situation, elle ment et réagit violemment pour se protéger.
Dans son cas, il n'est pas facile de "casser cette partie de son ego surdimentionné qui lui fait croire (en étant sûre d'elle) qu'elle est de la merde, mais qu'il faut protéger les apparences", tout en reconstruisant la partie de son ego qui lui donnera confiance en elle, avec exploration du fond des choses".

Quant aux problèmes liés à l'argent... Oui, c'est « capital » dans ce monde, mais ça n'est que de l'argent. Si ce cautionnement ne met pas en péril tout le reste de la famille, il faut relativiser les pertes. De toutes manières, la priorité est qu'elle sache qui elle est, et la réponse ne doit évidemment pas être « je suis de la merde ».
Désolé pour ce langage cru.

 

23/06/2014

PYRUS : merci pour vos réponses, le plus souvent justes et perspicaces. Mais je ne me sens plus capable, faute d'énergie, et même d'envie tout simplement, de l'aider à prendre confiance en elle. Je l'ai fait durant ces cinq dernières années et même avant, puisque l'éducation que nous avons donné à nos trois filles était basé -consciemment en tout cas pour nous- sur des valeurs telles que le respect et la valorisation des compétences individuelles...
Pourquoi " ca n'a pas pris" pour elle, quelles erreurs avons nous commises avec elle, ce sont des questions qui resteront probablement sans réponse et tant pis.

Les parents ont une part de l'éducation, l'école aussi, mais également "la vie", et on ne contrôle pas (heureusement aussi) la vie. C'est ce qui fait que c'est "une aventure". J'espère vraiment qu'un jour votre fille pourra mettre la main (et surtout les mots) sur ce qui l'empêche d'exister (on se construit bien souvent ses propres barrières mentales).

Je ne peux tout de même pas me forcer à croire encore en elle et en son avenir? Je n'y crois plus, pire, je crois que je m'en fiche ; je n'en peux plus d'elle, un point c'est tout. Trop de souffrances... Donc, ce n'est pas plus mal que je "m'en aille" je pense.

N'étant pas un religieux apte à accorder "le pardon divin", (et n'ayant pas non plus de baguette magique pour vous déculpabiliser), je ne peux que vous répéter ce qui a déjà été écrit, même si c'est douloureux pour une mère : votre vie, c'est votre vie.
On ne peut et doit pas vivre la vie à la place des autres (même de ses propres enfants).
Et pour ne pas "devenir fou" par rapport aux tracas que vous subissez, le mieux est d'arriver à prendre du recul. Il y a différentes méthodes à votre disposition, mais en gros, il faut arriver à nourrir son cerveau avec tout le reste de l'univers qui vous entourre et ne plus focaliser, même si encore une fois, "son enfant" est une valeur tellement important pour le parent, qu'il est dur de relativiser.
Dur, mais possible.
Courage.

 

23/06/2014

PYRUS : Vous disiez plus haut que vous étiez "ennuyé de ne pas avoir pu m'aider", mais détrompez-vous ! Nos échanges tout au long de ces années m'ont beaucoup soutenue . je me suis sentie comprise, vraiment... Vous ne pouvez pas savoir que lorsque vous m'avez "félicité" pour mon engagement, cela m'a fait du bien , comme du baume au cœur ! Comme tout ce que j'ai fait n'a servi à rien,

Détrompez-vous.
Il faut faire une distinction entre " ce n'est pas comme je le souhaite" et " je n'ai eu aucun influence positive sur la situation".
Les interactions dans les vies humaines sont tellement complexes, que même avec toutes les bonnes intentions du monde, les choses peuvent aller mal, mais en agissant avec conscience et bon état d'esprit, il est évident qu'on évite (pour un temps au moins) le pire. Donc, vous n'avez pas "servi à rien".

que quelqu'un, vous en l'occurrence, mettes un mot valorisant sur "toute cette merde", un peu comme une conclusion, une reconnaissance de ce qui a été fait, même si le résultat est un échec. Pas complètement alors... Un grand merci pour cela !

:o)

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