Manque... et trop plein.

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23/10/2011

Julie : Bonjour Philippe...
je suis en train d'écrire un mémoire sur la boulimie et je souhaiterai votre avis sur ceci :
En avalant de grandes quantités d'aliments, elle se dit : "J'ai de grands besoins affectifs", puis en les vomissant, elle dit : "Je rejette tout, je suis terrifiée en pensant que mes besoins puissent être satisfaits". Je me questionne surtout sur le fait de la pensée concernant le vomissement... Si vous pouviez me donner votre avis, ça m'aiderait beaucoup... en vous remerciant d'avance :o)
PS : vous êtes cité dans ma bibliographie.

Bonjour Julie.

Vous le savez, je ne suis pas très porté sur la symbolique et ses interprétations multiples et invérifiables.
Qu’une personne en « grands besoins affectifs » mange beaucoup pour compenser, soit.
Mais déjà, je ne pense pas que ce soit « pour combler un manque » (symbolique du « remplir un trou ») mais simplement parce que, n’ayant pas accès au bien être lié à l’affection, la personne cherche une autre source de plaisir, et la nourriture est une source de plaisir. (le moral d’une personne (se sentir bien ou mal) dépend d’un équilibre entre « se sentir bien » et « se sentir mal ».
Quand on a trop de douleurs d’un côté, pour se rééquilibrer, on « prend du plaisir où on peut », et pour ces personnes, la nourriture est source de plaisir, de bien être, donc, elles mangent autant qu’il faut pour se sentir bien. Si elles ont une énorme sensation de souffrance, elles rééquilibrent leur cerveau avec « une énorme quantité de plaisir par la nourriture »).

Pour la partie « vomitive », il faut, pour comprendre, faire intervenir la notion de « culpabilité ».
La personne, comme vous dites, qui pense « je suis terrifiée à l’idée que mes besoins soient satisfaits », a peur de prendre du plaisir à manger, de « bénéficier » de cette nourriture, et elle en a peur parce que dans sa tête, elle ne mérite pas d’avoir tout ça, parce qu’elle se sent coupable… (dans sa tête, une personne « coupable » ne mérite pas de se sentir bien, et il est facile de se sentir coupable quand on « dépasse les limites » en mangeant trop).

Et même lorsqu’elle est en voie de guérison, la personne a du mal à quitter ses habitudes culpabilisatrices, elle a du mal à changer de point de vue. D’où cette impression de « terreur » comme vous dites, à l’idée d’avancer dans un pays inconnu, un pays où « manger » est normal, « éprouver du plaisir à manger » est acceptable et nécessaire. Un pays fait d’équilibre (alimentaire et autres) est parfois plus déstabilisant qu’un pays extrémiste (fait de 100%, soif d’absolu, etc. Quête d’absolu qui n’est que la conséquence d’un besoin de « maîtriser » (parce que dans le passé, leur survie n’a pas été assurée à cause d’un manque de maîtrise)/ mais le problème n’est pas dans « la maîtrise », il est dans « comprendre ce qui s’est réellement passé »).

On le sait, cette sensation profonde de culpabilité est une erreur de jugement de la personne, car en réalité, elle n’est pas coupable.
Mais il faut du temps pour comprendre où est son erreur dans le passé (faire une erreur ne vous rend pas « coupable », tout le monde fait des erreurs de compréhension, ce n’est pas un crime du tout !), du temps pour réparer son erreur, et réapprendre ensuite à « vivre » sans se répéter tout le temps « je suis nul, je ne mérite pas, etc…, réapprendre à s’élargir les horizons).

La nourriture est simplement « de l’énergie » pour fonctionner.
Mais quand on se met à focaliser sur tel ou tel manque, sur telle ou telle culpabilité, la nourriture, apportant du plaisir et véhiculant tout un tas de concepts sociaux, fait que l’on oublie la notion première de la nourriture : énergie.

Merci pour votre citation, et surtout, bon courage pour votre travail ! :o)

 

25/10/2011

julie : Merci pour votre réponse... il y a un point que je ne comprends pas.
Vous pensez qu'une boulimique prend du plaisir en mangeant... mais une boulimique en pleine crise est censée de pas en prendre, la crise est vécue dans un état second, une fébrilité où la notion de plaisir est absente non ?

Vous avez parfaitement raison. Tout dépend en effet du « taux d’angoisse » et du genre de « crise boulimique ».
Il y a des crises « douces » qui sont de manger tranquillement mais longtemps,
et d’autres où le but d’avaler de la nourriture ressemble plus à une recherche d’étouffement.
Et effectivement, dans certains cas de boulimie extrême, « manger = plaisir » est une information qui « ne doit pas exister », la personne refusant ce « début de plaisir par la nourriture » en se gavant pour tout de suite « se faire du mal ».

Dans ce cas là, en pleine souffrance, la crise servirait toujours à rééquilibrer son cerveau par la nourriture mais pas en prenant du plaisir, n'est-ce-pas ?

Il y a à mon avis une recherche d’équilibre, mais elle n’est effectivement plus dans « avoir le moral » (un bon moral, un moral équilibré). La personne à ce stade n’en est plus là. (Généralement la personne est déjà en dépression et ne cherche plus à remonter la pente de ce côté-là, ne recherche plus le plaisir, ayant quelque part « abandonné cette quête »).

La personne, en mangeant trop et vite, cherche à rééquilibrer son impression de « justice ».
A savoir : je suis coupable de ne pas être à la hauteur, (c’est son sentiment, pas la réalité), et pour que le monde soit juste, les coupables doivent être punis.
C’est là qu’est l’équilibre qu’elle recherche, celui de la justice :
coupable ? => Punition, souffrance.

Merci encore de m'aider :o)

J’espère que ces explications vous aideront.
Mais vous semblez avoir compris le point de vue que je défends.
Courage pour votre travail.

 

25/10/2011

julie : Merci pour m'avoir répondu si vite... et votre réponse est trés claire et logique. J'aurai une dernière question à vous poser sur ce sujet.
Une boulimique qui ne suit pas de thérapie, et qui guérit suite à une grossesse, vous en pensez quoi ?

Si parallèlement à sa grossesse, elle prend le temps de réfléchir à ce qui l'a amené à cette boulimie, qu'elle répare la chaîne de « cause et d'effet » qui était cassée et dont elle endossait à tord la responsabilité, la culpabilité... Pourquoi pas.

Mais il y a de grandes chances pour que son comportement boulimique (ce symptôme qu'est la boulimie) ne face plus surface simplement parce qu'elle a l'esprit occupé par autre chose de plus « puissant » que « ses problèmes perso ».

N'oublions pas que les TCA sont l'expression d'une focalisation sur soi-même, sur sa culpabilité, etc.
Si un élément extérieur (tomber amoureux et prendre son amour pour « un dieu », grossesse bien vécue (assimilée à une renaissance), ou tout autre élément agissant comme une puissante drogue de bonheur) vient annihiler ou endormir la focalisation sur son sentiment de culpabilité, il est normal que l'envie de se punir, disparaisse (tant qu'un gros élément ne revient pas lui chuchoter (à tord) à l'oreille : « tu es nulle ! »).
Mais l'envie de « maîtriser » peut revenir via un autre « support », comme devenir une mère couveuse qui ne vit plus dès que son enfant n'est plus sous son regard direct, etc.

Et évidemment, moins la boulimie est violente, plus facile est son endormissement (pour l'équilibre, pas besoin d'une énorme source de bonheur pour faire baisser la pression).

 

Si quelque chose ne vous paraît pas clair, n'hésitez pas.