Paranoïa / TSPT

 

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14/12/2012

 

durinn : Bonjour
Je voudrais savoir comment différencier la paranoia d'un PTSD? En effet, j'ai un peu réfléchi sur le sujet et j'ai l'impression que la notion de paranoia tient parfois à très peu de choses. Le fait que quelqu'un ait vécu quelque chose de très peu banal, par exemple, peut suffire à provoquer en lui/elle la peur de cette chose. Peut-on toujours parler de paranoia même pour quelque chose d'inhabituel que la personne a déjà vécu et qui a été traumatisée à cause de ça ?

Dans votre page principale, vous parlez de parler avec le paranoiaque pour lui rappeler que sa survie est en danger et qu'il doit voir à nouveau les choses telles qu'elles sont réellement. Outre la survie, est-ce que le problème ne serait pas le "réellement" qui poserait problème? je pense notamment à quelque chose de très inhabituel que quelqu'un aurait vécu et qui par conséquent ne serait pas forcément compris par la plupart des gens qui ne l'auraient pas vécu, entre autre parce qu'ils n'auraient même pas imaginé que ça existe...

Bonjour,
La paranoïa est le sentiment (sentiment = raisonnement rapide/trop rapide ?) qu’une chose ou des choses nous en veulent directement.
Le PTSD est le sentiment que nous allons revivre un événement passé et dangereux. Dans le premier cas il y a un sentiment de « volonté d’autrui » à nous faire du mal, dans le deuxième cas, il y a aussi le sentiment de victimisation, mais sans « volonté précise », par le mauvais hasard.
Et pour compliquer le tout, les deux sentiments peuvent se mélanger lorsque la personne (afin de créer en elle un meilleur sentiment de survie) va se convaincre que finalement il n’y a pas de hasard et que c’est l’œuvre d’un groupe ou d’un individu spécifique ou d’un dieu, ou etc.

Différencier paranoïa et Trouble de Stress Post-Traumatique n’a que peu d’intérêt. Car le « traitement » reste le même : « arriver à relativiser le sentiment de survie grandement menacée » en essayant de déterminer où est, non pas la vérité (car la vérité est ce que chacun, individuellement, pense vrai), mais où est la réalité, réalité qui elle, n’a que faire de notre analyse personnelle : la réalité ne dépend pas du regard humain.

Et comme vous le dites très bien, le problème est le « réel », c'est-à-dire déterminer où est la réalité. Comme il est expliqué dans un passage de notre vidéo sur les traumatismes, on peut s’approcher de la réalité lorsqu’on a plusieurs angles de vue différents.

Alors que faire lorsqu’on est « le seul » à avoir été présent et que l’on ne peut pas bénéficier du regard et des expériences des autres pour déterminer si ce que l’on a vu est « réel » ou juste « vrai pour nous » (avec le possibilité d’une mauvaise interprétation) ?

Cela semble difficile, voir impossible.
Mais il ne faut pas oublier que l’histoire humaine est vaste et qu’il est extrêmement rare d’être le ou la seule à avoir vécu un événement, car beaucoup de choses se répètent, ne serait-ce que symboliquement ou dans les grandes lignes.
Vous l’avez souligné vous-même, peut-être qu’il faut également élargir son champs de vision en ne se limitant pas à notre cercle familiale ou d’amis pour chercher de la « compréhension » chez l’autre. Car tout le monde n’est pas ouvert d’esprit, tout le monde n’a pas des capacités d’empathie ou d’imagination suffisante.

Mais il faut (si on recherche l’équilibre) se méfier de « l’effet de groupe », car si plusieurs personnes ont vu ou vécu la même chose, mais que cette chose a été mal interprétée, il y aura peut-être une impression de « plusieurs points de vue » mais ce sera finalement… Le même. Une harmonie un peu artificielle. L’important est de confronter pacifiquement plusieurs points de vue différents.

Quoi qu’il en soit, paranoïa ou TSPT, ce n’est qu’une étiquette, l’important est d’arriver (même si c’est difficile) à déterminer où est la réalité. N’oublions pas que la « maladie mentale » se caractérise par un « éloignement de la réalité ». Plus nous en sommes loin, plus nous sommes « malades » (et donc, quelque part, nous sommes tous des malades en puissance car nous nous enfermons chacun plus ou moins dans « notre » vérité).
Il est donc bon de relativiser, dédramatiser et rester constructif.

Peut-on toujours parler de paranoia même pour quelque chose d'inhabituel que la personne a déjà vécu et qui a été traumatisée à cause de ça ?

Probablement. Il faut juste savoir si elle se sent « visée ». Le traumatisme est une information qui n’a pas trouvé de place harmonieuse dans la suite de causes et d’effets, et ce manque de « suite logique » semble nous menacer. Mais la menace est-elle réelle ? Ne pas comprendre est une forme de « menace », ça oui. Mais l’information mal rangée n’est, en elle-même, peut être pas si « dangereuse »… Quand à la paranoïa, c’est une focalisation qui est souvent due à un traumatisme + un cerveau qui s’ennuie. Un cerveau plein de capacités, mais qui tourne en rond, alors il s’occupe en focalisant. Et il focalise sur « le truc mal rangé » puisque forcément, quand c’est mal rangé, ça menace notre survie. Or notre cerveau est fait pour « assurer notre survie »… Le tout est de ne pas le faire raisonner avec des informations inexactes… Sinon forcément, son « résultat » sera faux.

Questions plus précises, n’hésitez pas.

 

03/02/2013

Durinn : Bonjour
Tout d'abord merci pour votre réponse.

Personnellement, j'aurais donc davantage tendance à me situer dans le cas des PTSD, vu que ce n'est pas tant des gens qui m'ont provoqué mon traumatisme dont j'ai peur, mais bien davantage de la probabilité qu'il m'arrive quelque chose de similaire à ce que j'ai vécu et/ou été témoin dont j'ai peur, notamment comme vous le signalez, par un mauvais hasard.

Oui, l'un des énormes problèmes tient à la considération de ce qu'est la réalité, tout simplement à mon avis car vérité et réalité se mélangent bien trop souvent. Nous sommes tous des êtres humains qui regardons le monde avec nos propres yeux, et par conséquent, la réalité est immédiatement "subjectivisée" car interprétée par nous. C'est d'ailleurs pour ça que Napoléon disait qu'il est extrêmement difficile, voire impossible, d'écrire l'histoire de manière totalement objective, car les faits sont immédiatement interprétés par celui/celle qui les vit, vu que l'interprétation des données est à la base même de notre intelligence. C'est un peu le même problème qu'ont les linguistes, où l'objet de travail et le même que l'objet analysé. La difficulté relève du fait de repérer cette fameuse réalité, qui pour ma part, désigne quelque chose d'irréfutable (car comme vous le dites, ne dépendant pas du jugement et de l'interprétation d'humains).

Quand on a le sentiment d'être parmi les "rares" personnes à avoir vécu quelque chose de traumatisant et inhabituel (ou peut-être pas si rare que ça mais tellement enfermés dans un silence de tabou que ça peut donner l'impression aux victimes qu'elles sont seules dans leur cas - ce procédé est un cas de violence psychologique, d'ailleurs), et d'avoir le sentiment qu'il est quasiment impossible d'en parler, à cause d'une mise en tabou, il est extrêmement difficile de gérer la situation.
Plusieurs exemples nous le montrent :

  • les gens qui pensaient à l'époque que la terre était ronde et non plate étaient de grands malades éloignés de la réalité pour le reste de la population, or ce sont eux qui avaient raison au final.
  • les enfants violés par les prêtres dans les années 60 étaient considérés comme n'étant qu'affabulateurs, personne ne les croyait, on disait également d'eux qu'ils étaient éloignés de cette réalité, et ces victimes ont du subir près de 30 ans de déni avant que finalement une affaire trop importante pour être étouffée éclate au grand jour.
  • les gens (hommes, femmes ou enfants) victimes de violences de la part de femmes (physique ou psychologique) ont encore du mal à être crus et pris au sérieux de nos jours alors que plusieurs articles et ouvrages (dont certains écrits par des féministes, d'ailleurs, par exemple Badinter) parlent pourtant d'une sous-estimation doublée d'un manque de recherche (d'intérêt?) à propos de ce genre de violence de nos jours.

On constate par ailleurs que l'un des sentiments parmi les victimes qui revient le plus souvent est la peur de ne pas être cru/e, pris/e au sérieux.

Et dans ce genre de contexte tabou, il peut être bien difficile d'avoir plusieurs points de vue, notamment quand une vision des choses est diabolisée par rapport à l'autre et où chacun à l'impression que l'autre essaie de le convaincre en gros qu'un amputé a toujours ses deux jambes, pour caricaturer.

Ces trois exemples pour moi montrent à quel point il est difficile de démêler réalité et vérité, surtout quand il s'agit de choses taboues qui pourraient déranger la "morale" d'une époque et d'une société. Les gens s'arrangent souvent avec la réalité et il est bien difficile de dialoguer avec autrui et de relativiser quand ces silences tabous amènent à des catastrophes juridiques et humaines bien réelles (par exemple, quand la justice ne reconnaît pas certaines choses comme étant effectivement destructrices pour les victimes).

Le/la patient/e peut également et malheureusement avoir affaire à certains professionnels (intervenants sociaux, psys) qui semblent profiter de leur position pour imposer leur vision des choses en leur disant grosso-modo que la vision du monde du patient est biaisée et qu'implicitement, la leur est bonne. Ce de manière violente et directe. C'est malheureusement encore plus vrai quand il s'agit de tabous. Ca crée une sorte de culpabilisation du patient qui se met à penser qu'il a tort de penser de la manière dont il pense, et comme vous le dites, ce n'est pas comme ça qu'on soigne un patient, mais plutôt de manière argumentée, en donnant au patient le sentiment que ce qu'il/elle dit est également pris en compte dans l'analyse.
Relativiser ne signifie pas avoir tort, mais pourtant il y a encore des professionnels qui à mon avis font l'énorme erreur de le faire comprendre aux patients de manière directe. Comment en effet croire sur parole un psy qui nous dit que nous n'avons aucune raison de nous inquiéter, comme ça a été le cas pour moi-même, alors que dans un sujet tabou, plusieurs ouvrages et articles écrits par des personnes reconnues dans leur milieu(donc des sources extérieures et légitimes) dénoncent bel et bien certains abus non reconnus par la Doxa?
Comme le disait si bien Nietzsche, il n'y a pas de phénomènes moraux, mais seulement une interprétation morale des phénomènes.

Et tout comme certains patients ont tendance à faire des clivages (donc amoindrir/ignorer une certaine partie de la réalité) pour ne retenir que le négatif, les gens dits "normaux" fonctionnent également sur le même modèle de clivage, mais de manière positive, c'est à dire en amoindrissant largement les côtés négatifs de la vie pour leur permettre d'avancer et valoriser le positif, comme l'explique la chercheuse new-yorkaise Tali Sharot dans son livre "Tous programmés pour l'optimisme". Le point commun entre les deux étant qu'il s'agit à chaque fois d'une interprétation de cette fameuse réalité, et comme vous le dites si bien, "nous sommes tous 'malades'" du point de vue de la science de la psychologie, dans la mesure où nous n'avons pas accès à cette réalité à cause de notre fonctionnement par interprétation, et de mon point de vue en tout cas, cette réalité reste un idéal fantasmagorique dont on essaie de se rapprocher le plus possible.

Comment faire dès lors pour vivre dans un monde où les uns et les autres essaient d'imposer leur vision du monde comme étant la réalité même, notamment à partir du moment où on sait qu'on n'est pas les seuls à penser ce qu'on pense, bref que notre avis et notre expérience est légitime, vu qu'un danger a bel et bien été identifié par certains professionnel, malgré le déni de la doxa ?

Tout d’abord, merci pour la qualité de votre texte.
Ensuite, la solution à votre problématique passe à mon avis dans un premier temps par un changement d’échelle :

« La doxa » est une catégorie d’humains plus ou moins auto-proclamées qui ne fait qu’émettre son opinion (même si cette opinion a parfois de graves conséquences sur la vie d’autrui).
Il est important de la désacraliser. Ce qui n’empêche pas d’écouter et comprendre son point de vue.

La question de « convaincre » :

Lorsque les arguments, les preuves directes, les raisonnements noir sur blanc, ne sont pas suffisants pour convaincre certaines personnes, il n’y a rien à faire car cela s’appelle « la mauvaise foi ». (non pas dans le sens « bien/mal » mais dans le sens « esprit fermé qui refuse la réalité pour raison d’ego trop grand ou « serpent trop gros à avaler » suivant l’angle de vue.)
On ne peut pas forcer quelqu’un à voir ce qu’il n’a pas envie de voir : c’est une défense que met en place le cerveau pour ne pas être « perturbé » en profondeur.
Est-ce que cette fermeture d’esprit est « à jamais » ? Pas forcément, le temps joue parfois pour l’évolution de certains esprits. Mais à un moment ou à un autre, il faut respecter « les murs », que ce soient les murs physiques ou mentaux.

On souhaite tous « l’harmonie absolue » car toute dysharmonie nous paraît une menace à un moment ou à un autre. Mais l’harmonie avec le monde entier est impossible (et non souhaitable quelque part, car cela peut entraîner des raisonnements mono-blocs de masse et nous priver de possibilités d’observations ou autres).

Face à l’imposition d’une vision que faire ?

Vous êtes face à une montagne, mais vous n’avez plus envie de la voir, que faire ? Vouloir démonter la montagne est une tâche assez « impossible »… Déménager pour ne plus être soumis à sa masse sombre ? Prendre l’avion pour ne voir qu’une « petite colline sous nos pieds » ? Gravir la montagne patiemment ?

Place de l'humilité face à certains élements ?

Si le monde dans lequel vous vivez, n’assure pas votre survie en refusant de prendre en compte vos ressentis, vos pensées, alors changez de monde, non pas en mettant fin à vos jours, mais en changeant d’environnement.
Le monde est trop grand à convaincre ?
Changez d’échelle, et construisez le monde qui vous convient pour rester dans l’équilibre.

La « doxa » est-elle un bon phare ?
Si votre réponse est non, alors changez l’étiquette mise dans votre tête sur « la doxa ». Tout reste possible à celui ou celle qui veut. Les pires barrières que l’on ait sont dans notre tête. Mais inutile de se mettre la pression, respirons profondément et faisons au mieux. Point. Nous ne sommes pas des dieux. On est toujours « le con » de quelqu’un.
Et après ?
Un peu de dérision permet de voir la vie différemment.

Dans un deuxième temps, la solution pour votre bien être, passe peut-être par un changement de paradigme :
Vous êtes dans l’intellect, dans le raisonnement, la logique. Mais le monde de l’intellect n’est pas le seul monde possible, même si tout passe par notre cerveau, on peut nourrir son cerveau avec du travail manuel, ou d’autres « occupations ». C’est l'une des interprétations possibles de « cultivons notre jardin » de Voltaire dans Candide.

Mes références sont beaucoup moins « brillantes » que les vôtres, car le cas de « la logique qui rend fou » me fait penser à un épisode de la série télé carton-pâte : star trek.
Description : Le capitaine Kirck doit « combattre » un ordinateur organisant toutes vies humaines sur une planète de manière dictatoriale. Il met donc l’ordinateur (métaphore de la logique absolue), face à un paradoxe en lui disant : « Le capitaine a toujours raison », « je me trompe en disant que j’ai raison ». S’il se trompe en disant qu’il a toujours raison, a-t-il raison lorsqu’il dit qu’il se trompe ? Qu’est-ce qui est vrai ? Quelle est la donnée exacte dans cette équation ? Et l’ordinateur « grille » à force de tourner en rond dans ce paradoxe, délivrant ainsi les habitants de cette planète.

Je vous parle de cet exemple parce que « la logique par delà la logique » veut que lorsqu’on n’a pas de solution à un problème, on mette le problème dans une boîte, jusqu’à nouvel ordre.
Le cerveau humain le fait naturellement lorsqu’il « oublie » un traumatisme, il le fait également, mais un peu plus consciemment, lorsqu’il qualifie de « fou » la personne qu’il ne comprend pas.
« oublie = boîte »
« fou = boîte ».
Créez votre propre boîte pour ranger ces paradoxes, celle qui vous convient.

PS/ je ne sais pas si toute l’analyse précédente vous aidera… J’espère. Néanmoins depuis le début de la conversation vous n’avez pas décrit « le cas précis et concret ». Non par voyeurisme mais par souci de comprendre certaines relations causes/effets, si un jour le cœur vous en dit, n’hésitez pas à le faire.

 

07/02/2013

durinn : Bonjour

Pour répondre à votre question, plusieurs événements traumatisants sont à la base de mon état traumatique.

Je me situe personnellement au niveau du 3e exemple que je vous ai donné, j'ai été violenté (physique et psychologique) pendant près de 20 ans par deux femmes, je n'ai pas pu bénéficier d'une présence paternelle, j'ai fait un séjour à la DDASS car la situation était devenue trop violente, et lorsque j'en suis sorti, j'ai été victime de violences psychologiques pendant que j'étais en "relation" avec deux femmes, ce qui m'a conduit à les quitter plutôt qu'à continuer de subir leur domination.

Pendant mon adolescence, j'ai rencontré une fille qui avait des problèmes de maltraitance avec son père, et sa rencontre (et la rencontre avec sa mère aussi) a été vraiment très marquante, notamment parce que je me suis senti compris et respecté en tant que victime et en tant qu'homme. Ces deux femmes font partie des meilleures rencontres que j'ai faites jusqu'à présent et je les remercie chaque jour de les avoir rencontrées, même si toutes les deux sont à présent décédées.

Comme j'ai connu les deux côtés de la violence (envers les femmes, et envers les hommes), j'en ai depuis parlé assez régulièrement, depuis plus de 10 ans, en écrivant des textes, notamment, mais à cause du tabou qui entoure la violence féminine (et aussi parce que je l'ai vécu et en ai été témoin sur différents plans - violences physiques et psychologiques - divers problèmes relatifs au droit de la famille et notamment à la place du père et de la mère), j'éprouve une difficulté bien plus sévère (réaction somatique assez violente parfois - crampes à l'estomac, nausées, à l'évocation prolongée de ce sujet) à en parler que pour la violence des hommes. Il est en effet beaucoup plus facile de parler de la violence des hommes, vu qu'elle est bien moins taboue, la violence étant beaucoup plus facilement associée à l'homme qu'à la femme.

Malgré cela, mes recherches sur le sujet, que je me suis efforcé de rendre un minimum "scientifique" (donc avec sources diverses et vérifiables à l'appui) que je fais depuis des années, rejoignent avec une certaine satisfaction je dois l'admettre celles de personnes reconnues dans leur milieu, dont des féministes d'ailleurs (qui sont davantage égalitaristes que féministes, dans ma définition des choses) comme Badinter, Mary Plard, Agacinsky-Jospin, Marcela Iacub, Marcel Rufo....) qui semblent dénoncer les mêmes tabous que moi.

L'autre raison de ces réactions somatiques relève du fait que je me suis souvent heurté à l'incompréhension des gens par rapport à ces mêmes tabous, venant jusqu'à essuyer des accusations de misogynie ou autres du même genre, chose que je supporte assez mal, car je ne me considère absolument pas comme tel, mais je considère que parler d'égalité consiste à l'envisager de manière réciproque (par définition) et non unilatérale....

Beaucoup de gens m'encouragent à écrire sur le sujet et tentent de me rassurer en me disant que mon vécu et mes opinions sont légitimes, mais plus je me frotte au sujet, plus j'ai l'impression que ça devient risqué au vu de mes réactions somatiques.

J'ai en effet un peu l'impression de "tourner en rond" en réfléchissant sur un tabou qui n'est pas prêt de partir (c'est bien là ce que je regrette : l'un des fondements de mon traumatisme est un tabou de société dont je n'ai aucun moyen ou presque de faire bouger, à part l'écriture), même si je me rends compte que ces recherches, si d'un côté elles me font du mal (réactions somatiques), de l'autre côté, elles me rassurent quand-même en renforçant la conviction que mon vécu et mon opinion sont légitimes, et donc que non, contrairement à ce que certains s'essaient à me faire croire, je ne suis pas misogyne et j'ai bien mes raisons de penser ce que je pense, vu qu'elles sont appuyées par des personnes reconnues, dont, et c'est très important pour moi, des femmes se disant féministes, comme la célèbre Badinter.

Tout un programme...

 

Bonjour,

Si le souci est le côté somatique, réfléchissons à cette expression de votre survie grandement menacée :

Comme pour les traumatismes sexuelles, je crois que l’harmonie passe par « comprendre les monstres menaçants ». Si vous parlez de ce « tabou de la violence féminine » dans vos écrits, avez-vous cherché à comprendre (comprendre n’est pas juger ou pardonner) ce qui pousse un humain, quel que soit son sexe, à user de violence physique et/ou psychologique ? Car à mon avis, la « menace » autour de laquelle vous tournez, semble être « vais-je être de nouveau sous le joug de ce danger » / « comment l’éviter, à moi ou à autrui ». Lorsqu’un danger n’est pas clairement définit, on reste dans la peur de ce danger. Lorsqu’on identifie le danger précisément, on peut mieux le voir arriver, s’en détourner, ou l’affronter (pacifiquement, dans la maîtrise). Alors… Avez-vous compris les valeurs dominantes des personnes qui vous ont persécuté ? (et encore une fois, comprendre n’est pas accepter).

Le rangement correcte de chaque information est la source de l’harmonie. Ce rangement est « une grande suite de causes et d’effets multidirectionnels et interconnectés ».

Cette démarche n’est pas évidente, mais peut être l’avez-vous déjà entreprise ?

Si vous voulez continuer ce dialogue, n’hésitez pas.

 

08/02/2013

durinn : Bonjour Effectivement, vous avez raison, j'ai peur de "vais-je être à nouveau sous la menace", et c'est comme vous me l'avez fait comprendre typique d'un PTSD.

Effectivement je cherche à détecter ce qui pourrait déclencher cette violence, mais je pense que les choses sont bien plus complexe que prévu, dans la mesure où je pense qu'il y a un énorme problème de fond, qui est la mentalité même de la société qui, tout en parlant de vouloir l'égalité, a maintenu une vision unilatérale de cette "égalité" (pour beaucoup simplifier : abus des hommes envers les femmes en ce qui concerne le droit du travail, et abus des femmes sur les hommes en ce qui concerne le droit de la famille).

Dans ma tête, j'ai beau tourner le problème dans tous les sens : il me parait bien difficile de détecter le genre de personne en question, tout simplement parce que je pense que ça peut toucher n'importe qui, que certaines choses que je range dans la catégorie de la violence psychologique ne sont simplement pas reconnues par la loi, et que les déclencheurs de la violence sont très très diverses, à mon sens, peut-être pas sur le fond (car je pense qu'on n'a pas non plus 36000 raisons d'agir violemment), mais en tout cas sur la forme, notamment si certaines violences ne sont pas considérées comme telles par la loi.

La loi n'est pas la seule protection.
Notre comportement personnel fait (admettons) 95 % des "ennuis" que nous pouvons rencontrer. (ne pas se mettre dans une situation dangereuse).
Inutile de vouloir "maîtriser" 100 %, vous n'êtes pas superman et personne ne l'est.
Votre bien être ne pourra en aucun cas passer par la "maîtrise". Il passe par la case "relativité", par le "lâché prise" relatif.

Il est temps de comprendre le pourquoi de la violence de l'agresseur.
(de vos agresseurs).
Cela vous permettra de relativiser.
Pour rappel, voici la carte des sentiments humains présente sur le site.

Juste deux exemples dans le droit de la famille :

- la recherche en paternité (ou paternité imposée) a fait l'objet d'un livre de Mary Plard, avocate et féministe, dénonçant une loi qui refuse au père le droit de décider de sa paternité (alors que les femmes peuvent avorter et même abandonner leur enfant), considérant que ce n'est pas un préjudice d'être père (tout en donnant le droit à la mère de poursuivre le père en justice pour une pension). Marcela Iacub parle aussi de ce problème.

- Quand un père ne paie plus de pension alimentaire, ça équivaut à un abandon de famille aux yeux de la loi, mais quand un parent prend ses enfant pour les emmener à des milliers de kilomètres entre autre dans le but de l'éloigner de l'autre parent, la loi ne dit rien à ce sujet.

En plus des habituelles violences physiques et psychologiques, il me paraît assez évident que le père est bien moins considéré que la mère sur le plan juridique lui-même, comme en parle d'ailleurs Badinter dans son livre "fausse route", par exemple, ou Marcel Rufo dans plusieurs de ses ouvrages traitant de ce sujet de certains abus de pouvoir des mères dans la famille. Le problème du tabou fait qu'il y a une sous-estimation de la violence féminine (j'ai récemment trouvé un article qui en parlait), entretenue entre autre par l'image romantique du 19e du "sexe faible" faite pour être aux fourneaux et près de ses enfants.

Le problème vient pour moi d'une société qui refuse encore de reconnaître que certaine choses ont changé et dont la mentalité a du mal à suivre les changements qui ont été opérés (le fait que la place des femmes et des hommes dans la société a relativement changé depuis 40 ans, et en France, on a presque atteint l'égalité, de mon point de vue, hormis les deux gros problèmes du monde du travail, et celui de la famille), ce qui crée par exemple de gros tabous sur la violence exercée par une femme : - une étude canadienne parle de la violence lesbienne et montre bien une certaine tendance de la part des victimes à masculiniser le prénom de la compagne violente car elles ont peur de ne pas être crues si la personne violente est une femme. - je reste persuadé, sans en avoir la preuve malheureusement car impossible à prouver à mon avis, que la violence féminine est sous-estimée (comme je l'avais lu dans un article). On considère qu'environ 90% des victimes de violence sont des femmes. Le gros problème de ces 10 % de violences contre des hommes est qu'apparement, la majorité de ces violences subies seraient des réponses à leur propre violence, ce qui à mes yeux décrédibilisent complètement les véritables victimes hommes (et non les bourreaux qui se prennent un juste retour de manivelle). On considère aussi qu'une femme sur 20 seulement va porter plainte à la police, tout en sachant qu'elles sont généralement encouragées par la société à dénoncer les violences.

Ma question est la suivante : proportionnellement parlant, quel va être la part d'hommes à porter plainte, sachant qu'ils ne sont pas encouragés à porter plainte, et que certains ne savent même pas que des structures existent pour leur cas (car la violence conjugale est souvent associée à la violence contre les femmes, et une victime homme, la plupart du temps, pensera qu'elle sera pas prise au sérieux car précisément c'est un homme, et donc ne fera rien, sans même essayer, soit parce qu'on ne la croira pas, soit par ce que c'est un homme et culturellement, ça doit "prendre sur soi", ça doit "être un homme", ce qui à mes yeux n'a plus vraiment de sens).

Vous semblez vous noyer dans les détails. Ce n'est pas en connaissant ces statistiques que vous "maîtriserez mieux le passé", c'est en comprenant les motivations de vos agresseur(e)s et en comprenant que vous n'étiez "rien" qu'un support à leurs problèmes (comme vous l'évoquez plus bas).
C'est dur pour l'ego, mais ce n'est pas impossible à vivre ! Courage.
7 milliards d'individus sur terre, il n'y a pas seulement des "malades".

Les statistiques, hommes comme femmes, ne disent presque rien (si ce n'est qu'on peut supposer que les chiffres sont dans tous les cas très largement inférieurs à la réalité) car ne peuvent pas montrer le silence des victimes. Et quelque chose d'invisible pour les statistiques ne signifie pas que ça n'existe pas, comme je l'ai trop souvent entendu. Un exemple en or : la violence contre les enfants, dont on a presque aucune statistique officielle. Or elle existe, et grandement, même. Un reportage signé Arte "motus et bouche cousue" parle justement de ce problème, et on constate d'ailleurs que certains placements abusifs d'enfants sont en lien avec le fait que le père n'est pas toujours considéré comme une solution pour l'enfant au sein de sa famille, d'après le directeur d'une association contre les placements abusifs, justement. Information qui est confirmée par une amie qui est éducatrice à la DDASS et qui me confirme cette tendance (vu qu'elle lutte pour faire valoir le droit des pères alors que ce n'est pas trop la tendance au sein de sa structure, d'après son témoignage).

Pour en revenir à votre question : qu'est-ce qui pousse quelqu'un à utiliser la violence?

J'avoue que je n'en sais rien, les causes peuvent être très diverses, mais pour moi, le fait qu'il y ait un tabou sur certains types de violence, et le fait que la loi puisse permettre certaines choses qui aux yeux de certains en tout cas (dont je fais partie) sont très injustes, font que tant qu'une chose n'est pas condamnée par la société, elle ne salira pas la conscience de certains utilisant la violence, même si ladite chose est injuste dans le fond.

Comme dit plus haut avec d'autres mots, vous pouvez vous engager dans des associations existantes qui défendent votre point de vue, mais la priorité est "VOTRE CERVEAU" dans lequel il faut changer la valeur de certains informations, et non vouloir absolument changer la face du monde. (améliorer les choses, faire son possible, oui ; les changer à jamais... C'est une prétention démesurée de l'ego, rien d'autre).

Et si je puis me permettre, la question est non seulement "qu'est-ce qui pousse quelqu'un à utiliser la violence? " mais " qu'est-ce qui a poussé certaines personnes féminines de VOTRE vie, à utiliser la violence sur VOUS ? "
(sachant évidemment que VOUS n'y êtes pour rien).

Quand on a un certain pouvoir dans un certain domaine, et le droit de l'exercer en relative impunité, je pense que ça joue son poids dans la balance. C'est particulièrement ce pouvoir-là, cette possibilité-là, qui m'effraie, personnellement. La simple possibilité que quelqu'un puisse utiliser de la violence, juste parce que la loi ne dit rien à ce sujet, ou que la violence est quasi-impossible à prouver, et ce malgré les dénonciations du problème par des personnes de renom. Le fait que la loi elle-même se fasse injustice, c'est précisément ça qui me terrifie et me rend fataliste certaines fois. Quand à ce qui peut décider quelqu'un à utiliser de la violence, je dirais peut-être une trop grande peur de quelque chose, qui ferait qu'une personne préfère dominer par la violence (physique et psychologique - la violence psychologique ayant l'avantage d'agir comme un poison, sur la durée et de manière "indetectable" aux yeux des autres, ce qui "encourage" à l'utiliser vu qu'elle n'est que trop difficilement condamnable) pour maîtriser au moins quelque chose dans leur vie...... J'avoue que je ne sais pas.

Ma mère me violentait car elle pensait que ça allait faire de moi un homme,

Vous l'a-t-elle dit clairement ?
Où passait sa survie à elle ?
Quand un enfant se fait battre, il prend comme "limites" naturellement enseignées pas les parents "la violence physique" plutôt que la parole ou l'art ou un autre moyen d'expression.
La violence est l'expression d'une frustration.
En tous cas, "être dur" n'est pas "être un homme". Ni l'inverse d'ailleurs.
Qu'est-ce qu'être un homme ? A chacun de se fixer son idéal avec des valeurs dominantes édéquates. Ce n'est pas aux autres de le faire pour vous, sinon cela nuit à vos capacités de survie.

mais je soupçonne une vengeance via ma personne sur le fait qu'elle n'ait pas vraiment eu de chance avec certains hommes à commencer par son propre père qui la battait. La féministe extrémiste et l'autre femme que j'ai fréquentée et qui ont essayé de me dominer voulaient aussi peut-être me forcer à rentrer dans leur schéma dans une optique de vengeance. J'avoue ne pas trop savoir. La mère de mon amie, pour sa part, a été victime de la mauvaise personne. Je soupçonne également une vengence personnelle impossible à exercer, donc qui s'exerce à travers des victimes qui n'ont rien demandé.

Attention également : certains comportements sont paradoxalement faits pour "comprendre" le passé. Ainsi, certaines personnes répètent le passé pour mieux le maîtriser, pour mieux l'assimiler, ceci plus ou moins consciemment.
Cela peut expliquer le comportement des gens violents qui reproduisent la violence subit en sachant que "c'est mal", (reproduire la violence pour comprendre toutes les facettes de la violence)
et cela peut également expliquer les comportements de certaines victimes à reproduire des situations de victimes (mise en danger, etc) en sachant que c'est dangereux pour elles d'être dans ces situations.
Mais ces "reproductions" de comportement n'apportent jamais de réelles réponses, et elles sont surtout liées aux "limites" apprisent et qui semblent "assurer notre survie" puisqu'enseignées par des référents pour l'enfant.

Je pense que dans beaucoup de cas, la violence dans le cadre de la famille et plus largement de la relation homme/femme est liée à un désir de vengeance contre quelque chose qui la plupart du temps ne concerne pas la victime elle-même.

Une chose doit être sûr dans votre tête :
personne ne naît pour être une victime.
Osez être heureux.

Ce que je sais, c'est que cette amie (qui était beaucoup plus que ça vu que j'en étais très amoureux et c'était réciproque) que j'ai eue à l'adolescence, n'était pas du tout comme ça, et était d'ailleurs régulièrement encouragée par sa mère à ne pas tomber dans la misandrie. Vu que j'étais différent du modèle qu'elles avaient connu, elles ont fait leur possible pour me laisser ma chance et je me suis à mon tour confié, je leur ai parlé de ma peur de certaines femmes également, je suis même allé jusqu'à apprendre la langue de mon amie vu qu'elle n'était pas française, juste pour pouvoir communiquer le plus rapidement possible avec elle.

C'est un cas que je retiens car malgré la violence qu'elles subissaient elle et sa mère, elles avaient réussi à la dépasser pour m'accepter et réussir à ne pas m'inclure dans ce schéma de l'homme systématiquement violent, et donc, ne pas me violenter en conséquence.

Suivez cet exemple concret pour ne plus voir en "les femmes" des dangers énormes. (c'est une des informations présentes dans votre tête dont vous devez modifier la valeur pour être en phase avec la réalité et ne plus vous sentir en permanence en danger).

Je pense qu'elles avaient une très grande force, car il est beaucoup plus facile de devenir violent que de faire des concessions dans le calme, notamment quand on se pense en droit d'exercer une violence. J'ai tout fait pour la comprendre et je me suis senti compris et mis en confiance. Cette mise en confiance est un sentiment très puissant (ça s'appelle l'harmonie, l'amour (voir carte)) que j'ai rarement vécu depuis, sauf avec une autre femme il y a 3-4 ans (qui était malheureusement prise).....

PS : a propos du fait de "comprendre" qui ne signifie pas "pardonner", effectivement je suis d'accord avec vous, et j'irai même plus loin en disant que je rejette assez la définition du "syndrome de stockholm", car pour moi, cette définition se base trop sur la dichotomie bon/mauvais. Les choses ne sont pas aussi simples que ça, et ne pas haïr quelqu'un qui nous a fait du mal, non seulement ça ne signifie pas pardonner, mais c'est aussi un reflexe de survie, et la définition de ce syndrome d'après la psychologie moderne, à mes yeux, a le culot de transformer une force mentale en faiblesse......

Tout à fait.

Je conseille à ce sujet la lecture de "3096 jours" de Natascha Kampusch (cette autrichienne qui a été séquestrée pendant 8 ans de 98 à 2006), qui est peut-être parmi les meilleurs livres que j'ai lu, et qui rejoint ma vision des choses sur beaucoup de points.

Contrairement à une conclusion que fait parfois votre cerveau, vous n'êtes pas "impuissant" à comprendre ou à agir.

 

Si vous avez des questions précises
sur des pensées ou comportements incompréhensibles
liées à votre cas, n’hésitez pas.
Mais pour ce qui est de "changer la société",
je ne pourrai pas grand chose !
(du moins je fais ce que je peux)
;o)

Suite de la conversation.