Professeur en danger

 

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21/08/2014 (et suite)

 

Souricette : Bonjour, je suis professeur de mathématiques en collège.
Les vacances m'ont permis de reprendre de l'énergie, et encore, n'ayant pas assez de moyens, je les passe dans la famille ce qui n'est pas vraiment reposant mais fait plaisir à tous. J'appréhende la prochaine rentrée. Chaque année comme beaucoup de collègues (mais peu le disent), nous ne dormons pas beaucoup comme certains acteurs avant d'entrer en scène.
Beaucoup d'élèves et de parents sont chaleureux et à l'écoute mais beaucoup d'autres ne sont que critiques, moqueries, et autres désagrément ce qui rend notre métier très pénible. Voilà cinq en que je suis titulaire (avant j'étais remplaçante, moins payée mais plus libre d'accepter ou non certaines choses), et plus ça va plus je suis dégoutée d'être remise en cause sur ma pédagogie, mon physique, d'avoir des moqueries (peu mais régulières...).
Beaucoup ne viennent au collège que pour se moquer de leurs camarades ou des adultes. Si on se plaint, on nous dit que c'est notre travail de faire en sorte qu'il n'y ait pas de vagues (sous-entendu, si on n'y arrive pas autant arrêter) alors que je trouve que des collègues sont capables de rendre les enfants épanouis et heureux mais sont à bout, alors que d'autres collègues qui eux ne sont qu'orgueil, dépensiers (ça plait au jeunes d'avoir des tenues variées et à la mode) et souvent cassent leurs élèves pour se faire respecter, eux passent pour de bons profs.
Je ne comprends pas comment nager dans ce milieu, mes parents étaient artisans, je ne m'y reconnais pas.
Auriez-vous une solution ?

D'abord, merci pour votre témoignage.
J'aimerai faire depuis un certain temps, une partie « professeurs en danger » sur ce site, car ayant été en contact avec le milieu, je comprends un peu les problématiques.
Et l'éducation est la base de toute civilisation... civilisée... lol.

Mais votre question est un peu « vaste ».
Pouvez-vous préciser ?

Ensuite, est-ce un questionnement psychologique ou philosophique ?
(je pose cette question car si on ne comprend pas une réaction ou action d'élève, c'est de la psychologie. Si on veut orienter les autres vers telle ou telle action, c'est plus de la philosophie).

Quelle est votre philosophie ?
Quelle est celle des élèves ?

Vous en avez donné un aperçu rapide : Vous êtes là pour faire apprendre un programme. Et vous ne devez pas faire du « bourrage de crâne », tout en sachant que beaucoup d'élèves n'ont rien à faire de ce que vous leurs dites, quoi que vous leur disiez... Et vous vous retrouvez tiraillée entre la réalité et les « ordres » de l'éducation nationale.

Quant à la philosophie des élèves, ils sont pour beaucoup, éduqués par la télé plus que par les parents ou les professeurs. Ils sont ainsi programmés pour être des consommateurs éternellement insatisfaits, toujours à la recherche des dernières nouveautés à acheter ou infos à consommer rapidement. La publicité est partout présente pour apporter non de la joie, mais de la frustration génératrice de consommation.

Le système a besoin de consommateurs, pas d'humains réfléchissant par eux-même.
Un ami a comme réflexion : pourquoi la psychologie et la philosophie ne sont pas étudiées à l'école ? Parce que des êtres équilibrés n'ont pas besoin de consommer pour exister.

Mais revenons à votre problématique :
Vous avez le CAPES, donc vous avez étudié la partie « devoir du fonctionnaire », vous savez donc que vous êtes « aux ordres de la hiérarchie », que ce soit l'académie (les directives ministérielles ne sont pas interprétée par toutes les académies de la même manière), les inspecteurs ou les proviseurs (noté pour le rendement, ce qui nocif à une notation juste des niveaux, et par conséquent, le niveau intellectuel des élèves est tiré vers le bas par des notes sur-évaluées). Vous l'avez dit vous-même plus loin, vous êtes également soumis à l'« obligation de ramener de l'argent à la maison ».

Donc, la marge de manoeuvre est pratiquement uniquement du côté des « enfants », des apprenants.

La question devient : avez-vous une marge de manoeuvre pour mettre dans vos cours (dans la transmission de savoir) un peu de philosophie ou de psychologie ?

critiques, moqueries, et autres désagrément

Quelles critiques ?
Pouvez-vous faire une liste précise afin que je puisse essayer de donner (modestement, car de loin c'est plus facile que sur le terrain) une réponse adaptée à chaque situation ? (n'hésitez pas à les écrire, il n'y a pas de honte).

Pour info, en psychologie, « se moquer » n'est pas une preuve de supériorité mais d'infériorité (tout est relatif) .
Une personne se moque de ce qui semble le menacer (sentiment d'infériorité) :
généralement une différence ou capacité qu'il n'a pas.
Si quelqu'un se moque de vous, votre éducation vous a peut être appris à subir, vous écraser, vous sentir coupable, mais c'est vous qui lui êtes supérieur (par votre différence) et non l'inverse.

Prenez l'exemple d'un vêtement non adapté (pas à la mode, déchiré, etc).
Le rire est provoqué par la peur d'avoir à subir soi-même le désagrément.
Ces élèves qui se moquent ont donc peur d'être différents, peurs d'être rejeté à cause de cette différence.
Mais la différence est-elle un problème ?
(question philosophique : car dans une dictature, toute différence est proscrite car menaçant le pouvoir, mais dans un régime où la liberté règne, la différence est au contraire un atout, une « exploration des possibles », et « l'humain qui connait des chemins différents, augmente ses chances de survie ».)

Vous avez parlé également de "venir à l'école pour se moquer", mais la base d'un tel agissement n'est pas "se moquer par crainte des différences" mais plutôt le résulttat de cerveaux qui s'ennuient, qui n'arrivent pas à comprend l'utilité du savoir enseigné. La valeur dominante dans leur cerveau est souvent 'l'école c'est barbant (trop dur, sans intérêt pour mon avenir, etc) au lieu d'être "l'école une chance d'accumuler des savoirs et ainsi d'augmenter mes capacités à vivre dans de bonnes conditions".

Revenons au sujet des différences et de la norme :

Vous faites des mathématiques, vous faites donc des statistiques. La normalité dans une société est une aberration statistique dans le sens où si on fait une moyenne des comportements, soit disant représentatifs, on se rend compte que très peu d'humains agissent suivant la norme. Ne pas être dans la norme n'est donc pas un problème, ce n'est pas être « en marge » de la société.
C'est même l'inverse : être dans la norme, c'est représenter peu de personnes, qui plus est, généralement sans personnalité (donc pas très valorisant).

J'ajoute que j'ai passé les 45 ans et que physiquement je ne m'impose pas beaucoup car de type asiatique(moqueries visibles par certains en classe),petite de taille et avec une voix qui monte dans les aigus... il y un stage sur le corps et la voix mais jamais de place. J'ai été en stage sur le stress mais les participants étaient pire que moi...donc peu efficace...Je rajoute aussi que dans l'éducation nationale on n'a qu'une visite du médecin du travail, la première année...J'ai aussi suivi trois séances chez un psy spécialisé dans l'hypnose, qui m'a aidé à ne plus pleureur lors d'une émotion en classe car ça m'était arrivé plusieurs fois. ça a marché, je tiens bon même si les élèves essaient de m'y pousser. Je vous assure que tous les enseignantes ont vécu ce genre de test.

Tout métier où on se retrouve face à du public, est dur.
Que ce soit commerçant, artiste, professeur, etc.
Mais est-ce qu'on vous donne des cours pour « monter sur scène » lorsque vous être prof ?
Non.
Et c'est une erreur que commet l'éducation nationale.

Enfin, je ne peux pas cesser ce travail même si j'y pense de plus en plus, car mon mari est au chômage depuis un an et a du mal à refaire sa place sur le marché...J'ai aussi deux enfants en bas âge. Voilà, si vous pouvez me donner un bon conseil...(je suis arrivée à votre site car avait envie de prendre les idées des scientologues, oublier ses pensées réactives... etc (un inspecteur m'a dit un jour que je réagis trop au quart de tour avec les jeunes...). Merci!

Réagir au quart de tour n'est pas un problème lorsque cette réaction permet la continuité du cours...

Question : vous êtes-vous demandé pourquoi vous réagissez au quart de tour lorsqu'il s'agit des jeunes ? Pourquoi votre survie vous semble si menacée que vous soyez obligée de mettre autant d'énergie ? (c'est juste un questionnement pour prendre conscience du processus).

Note : je n'ai pas bien compris l'allusion à « prendre des idées des scientologues ».
Parlez-vous de la secte de la scientologie ?
Sachez que ce site n'a absolument rien à voir avec eux ou une quelconque approche sectaire.

Autre note : « les pensées réactives ». Je ne connaissais pas ce terme.
Est-ce un terme de type « novlangue » ?
Créer du nouveau avec « rien de nouveau » ?

Une pensée (les définitions sont nombreuses mais utilisons la définition première) est une faculté de réfléchir. Autrement dit, d'analyser une situation, de reconstituer des causes et des effets.
Or ce genre d'analyse amène toujours à une forme de réaction.
Oublier ses pensées réactives, reviendrait donc (?) à se transformer en robot décervelé... ?

Voilà pour les notes.

Si vous voulez bien poser des problématiques très précises (cas concrets liés à l'éducation), je suis preneur, n'hésitez pas.
Et si je n'ai pas été très clair, n'hésitez pas à demander des précisions.

 

26/08/2014

souricette : Tout d'abord merci pour votre réponse. Ma question est d'abord psychologique: en gros, comment réagir devant des élèves ou un (des) parents qui ne vous prennent pas au sérieux ?

Délimitez les compétences :

Vous êtes prof de math,
donnez leur une équation difficile à résoudre et demandez leur de la résoudre.
Maintenant, qui est prof de math ?
Vous.

Leur enfant et ses limites :
En tant que professeur, vous êtes là pour repousser les « limites de compétences », cad permettre aux élèves de comprendre un maximum de choses. Mais apprendre est une transmission de savoir. Il faut que l'émetteur du savoir soit clair (or, si un seul élève comprend le cours, ça vaut dire que c'est un minimum compréhensible), et il faut que le récepteur soit réceptif : ait envie d'apprendre et ait les capacités d'apprendre.
Repoussons les limites, mais demander de construire une fusée à une grenouille est irréaliste.

Les parents et leurs limites :
Si l'élève a comme valeur (issue des parents) : si tu as une mauvaise note, c'est de la faute du prof, et bien il ne faut pas confondre la sirène et les causes de l'incendie. Une mauvaise note (même si je sais que c'est maintenant « interdit » d'en mettre pour plein de raisons toutes plus mauvaises les unes que les autres) est un indicateur, comme la sirène est un indicateur d'un problème.
Le pompier qui appuie sur le bouton qui déclenche la sirène n'est pas la cause de l'incendie.
Le professeur qui met une mauvaise note n'est pas celui ou celle qui déclenche le savoir inexact ou inexistant d'un élève.

Question : pourquoi des parents qui accompagnent et encouragent l'apprentissage de leurs enfants, qui prônent le savoir comme une valeur dominante à adopter, ont généralement des enfants qui réussissent mieux que les autres ?
Conscience.
Mettre les choses à plat, exposer les faits face aux croyances.

Ex: cette année dans le collège où je travaille j'ai du faire face à des élèves filles assez méchantes (je ne trouve pas d'autre mot) entre elles (la preuve c'est que la vie scolaire a demandé à ce qu'on les sépare lors des compositions de classe) et par exemple, courant mai, il y a eu des sous-entendus sur l'odeur de ma salle quand elles entraient. Evidemment ce n'est pas nouveau qu'après une heure de maths intensive, avec des classes de 29, que ça ne sente pas la rose.. mais elles se sont amusées à sous-entendre que c'était moi; un jour, devant ma collègue qui prenait ma place, l'une a dit en entrant"ho... ça sent Mme... " j'ai répondu en regardant ma collègue: "on ne sait pas trop si c'est une gentillesse ou pas..." puis j'ai compris que c'était négatif la dernière heure de l'année car sur le tableau, parmi les écritures "bonnes vacances" habituels, il y avait écrit "changez votre déodorant l'année prochaine!". J'aurais pu en rire mais non, j'ai répondu aux auteurs qui riaient "c'est réciproque".

Prenez de la pierre d'alun, que vous soyez ou non « responsable d'une quelconque odeur », cela évitera que vous culpabilisiez.
Pour le reste... Faut-il répliquer : l'odeur de la transpiration s'en va en aérant, l'odeur de la bêtise, elle, est plus tenace.

Dans cette même classe, une mère a remis en question mes leçons, disant que ce n'était pas complet, pas clair,... tout ça parce que sa fille avait eu un 8/20 à son devoir maison... je me suis renseignée auprès de la collègue qui l'avait , ce n'était pas une élève ayant tant de facilités que le disait sa mère et qu'avec moi ça n'allait pas du tout...
C'est très dur à accepter quand on passe du temps pour construire les leçons, choisir les exercices... on ne fait plus seulement pour les élèves mais aussi pour les parents !

Voir réponse plus haut.

Mais il faudra apprendre également « le lâcher prise ».
Exemple : si vous vivez un tremblement de terre, et qu'ensuite je vous dis que vous êtes responsable du tremblement de terre. ?
Vous êtes là, OK.
Mais ce n'est pas votre présence qui est responsable de l'évènement.
C'est dur de séparer « ce qui se passe » avec « sa présence », surtout si on a beaucoup d'empathie, qu'on est une éponge.
Mais il faut savoir se remettre un peu en question pour remettre certains paramètres à leur juste place.

On a décidé de travailler plus en équipe à la rentrée pour pallier à ce problème. On fera les mêmes leçons. Quelle est ma philosophie? Que les élèves aient de bonnes habitudes de raisonnement, qu'ils trouvent les mathématiques plus faciles qu'ils ne le pensent, en pratiquant, un peu comme on apprend mieux à skier en toute neige plutôt que toujours sur des pistes bleues! (mais certains parents ne sont pas rassurés)... La philosophie des élèves: pour la majorité, dire que c'est à cause du prof qu'ils n'y arrivent pas, et plus les parents les croient plus il jouent là-dessus... et dans le collège où je suis c'est ce qui se produit ... donc ça nous demande deux fois plus d'énergie pour prouver notre bonne foi. (je reconnais que c'est du survisme, c'est leur seule solution pour exister et garder leurs habitudes de vie paisible...).

Le survisme dépasse leur simple réaction actuel.

Ils pourraient très bien « trouver leur survie » dans le fait d'avoir d'excellentes notes en mathématique, faire des concours de celui (ou celle) qui résoudra les équations les plus difficiles le plus rapidement possible !

Mais ce n'est apparemment pas leur valeur dominante.

Je fais autant de philo et de psycho dans mes cours que je peux (on a même répondu au sujet de " vivons-nous pour être heureux" avec la classe de 5ème dont je suis prof principale, la majorité dit que oui mais que c'est loin d'être le cas, et un qui est décrocheur, que j'ai un peu forcé, a dit que oui, et quand j'ai dit que ce n'est pas possible non plus de chercher son bonheur sans se préoccuper de l'autre, il a dit "de toute façon, les moins forts seront les plus forts!" (les moins intellos arriveront à leur fin dans la société actuelle en gros) puis ça a sonné...

Je crains que le sujet choisi « vivons-nous pour être heureux » soit un sujet totalement foireux. (si vous me permettez l'expression).
C'est un peu comme « vivons-nous pour être malheureux ? ».
Etre heureux est un statut psychologique momentané, relatif à l'instant T, et fonction du sentiment d'harmonie que l'on peut avoir.

De plus, si on n'éprouve pas de « malheur » ou ne peut pas éprouver de « bonheur » car l'un est relatif à l'autre.
Qui plus est, le bonheur comme le malheur, s'usent, c'est à dire qu'il en faut toujours plus pour avoir la même force car le cerveau s'habitue (même au pire).
Par conséquent, organiser sa vie « pour être heureux » est une impasse. (l'inverse aussi, évidemment : ;o)

en fait ça les énerve au bout d'un quart d'heure).

Normal, ils sont frustrés. Mais ils sont frustrés par l'impasse qu'est la quête du bonheur, et non par le fait de réfléchir ou de trouver un sens à leur vie (chose essentielle qui est une préoccupation plus ou moins consciente).

Ils sentent aussi parfois qu'on leur fait un peu la morale et ils n'aiment pas ça.

Normal également. Mais vous le savez.
A leur âge, ils cherchent leurs limites tout en cherchant à exister. Et bien souvent, leur seule façon d'exister maladroitement, c'est de dire « non », même s'ils ne savent pas bien pourquoi ils disent non.

Je parle aussi de divers sujets scientifiques (vitesse de la lumière, planètes...) mais tout de suite la majorité finit par dire que ce ne sont pas des maths (du style, on me paie pour faire des maths et rien d'autre... j'entends encore les parents...).

Ce ne sont pas des maths qui les concernent, parce que ça ne rentre pas dans le programme, ou parce qu'ils ont l'impression qu'on a changé de domaine : l'astro-physique ce n'est pas des maths pour eux.
Ne reste plus qu'à trouver un exemple qui leur sera utile pour comprendre que la vitesse de la lumière est utile pour comprendre que les étoiles que nous voyons sont parfois déjà éteintes...
Et qu'une planète a une attractivité que l'on calcule. Et que sans ces calculs, ils ne pourraient pas utiliser de téléphone (à cause des satellites de communication en orbite).
Ils répondront surement "je m'en fous, je ne vais pas envoyer des satélites dans l'espace".
Et là, débat sur "doit-je être esclave du savoir des autres ?"

Les sixièmes sont par contre toujours enthousiastes et en général les élèves classiques m'apprécient. Juste ceux qui sont en marge arrivent à former des groupes et cela pèse.

Le groupe est leur refuge face à « l'agression » que représente l'éducation. (survie toujours)

Si on leur explique que la logique de groupe peut les détruire, ils se méfieront peut être un peu plus du groupe, et redeviendront des individus, mais en même temps, le groupe apprend la solidarité (même la solidarité pour des raisons peu recommandable) donc il s'agit de trouver l'équilibre « individus/groupe ».

Je n'arrive pas bien à les faire rentrer dans le rang... et cela démoralise un peu les bons élèves. En fait c'est cela qui me gêne (survisme personnel?), c'est le regard compatissant des élèves qui ne veulent qu'une chose, l'harmonie, et ils me voient mal menée par ces perturbateurs(trices) et c'est surment pour cela que je réagis vite, je veux garder une sérénité en classe pour ces bons élèves et tuer dans l'oeuf le mauvais esprit des autres... ça tourne à un jeu malsain au final, même si j'obtiens le calme. Et c'est très énergivore.

Vous voulez garder une sérénité, mais peut être bien aussi ne pas perdre la face aux yeux des élèves que vous appréciez.
Que deviendriez-vous si les bons élèves ne vous appréciaient plus ?

Que penseriez-vous de vous-même ?
Mais inutile de culpabiliser. Je vous dis ça pour que vous ne cherchiez pas l'amour de vos élèves. Evidemment, faire l'harmonie, c'est plus cool, moins énergivore, etc.
Mais vous êtes là pour être prof, pour transmettre un savoir.
Perdre la face est problématique lorsqu'on doit ensuite transmettre un savoir, car : que vaut le savoir de quelqu'un qu'on ne respecte pas ?
Et pourtant, on a à apprendre de la plus petite des fourmis... Donc la question est surtout d'être là au bon moment, avec des informations exactes, utiles.
Point.
Les profs ne sont pas des dieux.

J'ai toujours dit que je préfèrerais avoir une classe faite que de mauvais élèves, au moins on n'a pas autant de scrupules que quand il y a un bon élève parmi eux que l'on veut protéger ?
Avec des classes hétérogènes c'est toujours des compétitions et beaucoup de perte de temps.

Les écoles de type Montessori ne fonctionne pas ainsi. Malgré le fait que ce ne soit pas la ligne directrice de l'éducation nationale actuelle, peut-être pouvez-vous vous inspirer de quelques éléments ?

J'ai été élevée de façon à obéir effectivement avec une mère autoritaire et un peu compliquée (avec qui ce n'est pas facile actuellement car elle me montre encore plus du mépris, m'appelle "la p'tite prof"...car je suis souvent en contradiction avec elle), un père peu présent toujours pris par ses activités. Mais justement je n'aime pas le trop d'autorité et le peu d'écoute. Un inspecteur aussi avait écrit que j'avais une empathie naturelle et ça fait plaisir de temps en temps.

Les élèves ne sont pas votre mère. :)

Il reste à parler de la scientologie, c'est juste que je cherchais un moyen pour me sentir mieux, et en cherchant sur internet je suis arrivée à votre site car vous critiquez leurs propos et donnez les preuves de leur manipulation. L'esprit réactif pour eux c'est cette partie qui a enregistré les émotions et qui ressort par réflèxe lors d'une expérience qui les rappelle. Si on l'empêche de se réactiver en gros on est comme un robot et ça désamorce le problème... Et je pensais quand même que leur idée de neutraliser les émotions pourrait être une bonne méthode de survie dans des groupes tels que l'on rencontre au collège.

Les émotions ne sont pas notre ennemi. C'est juste une réaction rapide que notre cerveau renvoie face à événement (une action ou une pensée).
Il faut écouter ses émotions, mais surtout les comprendre.
Une cognition qui nous fait réagir trop vivement, peut être contrée par une cognition plus mesurée.
Ceci, sans devenir un robot, un pantin.

C'est pourquoi je m'y suis intéressée. Mais apparemment ils n'y arrivent pas d'après ce que vous dîtes.

C'est surtout que leur but (contrairement à ce qu'ils mettent en avant) n'est pas d'augmenter les capacités de ses membres, mais d'en faire des robots bien obéissant aux ordres. Des robots aveugles.

S'intéresser à quelque chose ce n'est pas s'engager sans réfléchir. J'ai été éduquée en collège et lycée catholique ce n'est pas pour cela que je fais partie d'une communauté, même si je trouve que parfois la religion peut faire déplacer des montagnes d'attention envers son prochain(soeur Thérésa, l'abbé Pierre,...). Il y a du bon dans beaucoup de choses, on n'est pas obligé de prendre tout.

Oui oui, je souscris.
Le tout dans un cadre de liberté de transmission de savoir, de liberté de communication, de liberté de déplacements, et de respect du temps de cerveau disponible nécessaire à chacun (ne pas organiser en permanence des activités qui empêchent de réfléchir, prendre du recul, etc).

Votre conception du survisme est intéressante, simple à priori. Quelques part je pense à Spinoza... ou à Günther_Anders dont j'ai entendu parler à la radio par Michel Onfrey.

Il y a des ponts.

Il faut que je lise davantage votre site quand j'aurai un moment.
Bonne lecture. Je ne pourrai pas écrire aussi longtemps la prochaine fois. Mais déjà ces échanges m'ont fait avancer. Je ne pense plus être trop en "danger" et si ça ne va pas, j'arrêterai les dégats avant. Et j'ai toujours une certaine foi dans la vie qui malgré tout persiste. C'est aussi ce qui agace les élèves, je reprends vite le moral.

En tous cas, leur agacement n'est pas un signe que certains élèves sont malsains.
Dans leur recherche de limites, ils cherchent à avoir du pouvoir sur ce qui les entoure, et lorsqu'ils n'en ont pas, ils sont frustrés.
Mais c'est à eux de changer d'état d'esprit, de comprendre que le pouvoir sur sa vie est plus important que de chercher désespérément à avoir le pouvoir sur les autres.
C'est comme pour les mathématiques :
quoi qu'il arrive, les mathématiques sont partout autour de nous. Donc, soit on les maîtrise un minimum dans sa tête, soit on en est esclave* parce qu'on n'arrive désespérément pas à les maîtriser.

* ne pas comprendre ses comptes en banque, ne pas comprendre les consommation énergétiques (voiture), ne pas comprendre la course des objets (ballon de foot ou patinage artistique), etc.

 

Je réitère ma proposition pour l'avenir : si vous, ou un de vos collègues, êtes confrontés à une impasse face aux élèves, je suis preneur du cas, n'hésitez pas à me les soumettre.
De ma réponse, vous ferez ce que bon vous semble, évidemment.