Suicide : quand le plaisir est impossible.

 

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07/05/2011

Léanas : Bonjour, j'ai lu votre rubrique "suicide" et je pense me situer dans le facteur "plaisir impossible".
J'ai toujours été préoccupée par les raisons de l'existence et je ne crois pas avoir vraiment été heureuse, je suis d'un naturel anxieux et je n'ai pas confiance en moi. Et puis cette dernière année a tout déclenché, j'ai eu la chance de vivre la passion et l'insouciance quelques mois... Et puis tout s'est arrêté. Je me nourri de souvenirs, d'espoir et d'imagination. Je devrais pourtant continuer ma vie, sans lui mais j'ai l'impression que j'ai vécu ce que je devais vivre.
Que l'on m'a donné le bonheur et que je dois maintenant partir, que je devrais laisser ma place à quelqu'un d'autre et que jamais rien d'autre ne sera mieux que ce j'ai vécu. Je sais, cela tourne à l'extrême mais je vois une psychologue (peut-être devrais-je aller voir un psychiatre ?) et cela n'arrange rien, je garde mes convictions et je suis persuadée que ni les médicaments ni la thérapie ne pourront me sauver.
Je ne sais plus vraiment quoi faire.
Une partie de moi veut vivre et l'autre mourir et je crois avoir autant peur de la vie que de la mort.
Merci d'avance.

Bonjour,

Votre problématique semble autant de l’ordre psychologique que philosophique.
Ces deux domaines se croisent souvent.

Psycho : j'ai lu votre rubrique "suicide" et je pense me situer dans le facteur "plaisir impossible
N’oubliez pas que « plaisir impossible » est une « impression » que vous avez.
Pas forcément une réalité. (Je dis ça non pas pour vous assaillir de doutes, mais pour vous rappeler que parfois, on se trompe de problème).

Philo : J'ai toujours été préoccupée par les raisons de l'existence

Et quelles sont les raisons que vous avez trouvé ? En avez-vous trouvé ? Quel est le sens de la vie, est une question que l’humanité se pose depuis fort longtemps, et à chaque nouvelle naissance, l’humain nouveau finit par se poser plus ou moins consciemment cette question. Si vous manquez d’idées à ce sujet, je vous invite à parcourir le livre ici (téléchargement gratuit).
Peut-être vous donnera-t-il des pistes ?

Avant tout, est-ce que vous dormez au moins 8 heures par nuit ? (le cerveau a besoin de cela pour s’équilibrer, lorsqu’il manque de sommeil, il a tendance à devenir paranoïaque ou anxieux). Sans oublier que lorsqu’on est déjà anxieux, c’est difficile de bien dormir… Et c’est le cercle vicieux.
Mais il est possible de briser ce cercle vicieux, et autrement que par la disparition !
De même, il faut manger équilibré et suffisamment, ceci pour apporter les ressources nécessaire au cerveau pour qu’il fonctionne bien.
Les paramètres physiologiques étant abordés…

philo : est-ce que le sens de la vie c’est « toucher le paradis » puis disparaître ?

psycho : l’information « bonheur » est à vos yeux le sommet d’une montagne.

Mais qu’est-ce que le bonheur ? Certaines personnes peuvent voir du « bonheur » dans toutes choses qui nous entoure, est-ce votre cas ?
Quelle est la différence entre une personne qui peut voir du bonheur partout et une personne qui place le bonheur en un seul point précis et souvent inaccessible ?
Car plus on focalise sur « un point précis » plus on a des chances de connaître l’échec. Si on prend le bonheur un peu partout, on augmente ses chances d’être heureux.
Vous dites : « je garde mes convictions et je suis persuadée que ni les médicaments ni la thérapie ne pourront me sauver »

Etes vous à l’aise dans le bonheur ? Phrase provocatrice, mais bien souvent, certaines personnes se fixent un but impossible parce qu’elles se sentent plus à l’aise dans l’échec que dans « le bien être ». Mais ça n’est en fait qu’une question de « limites ». Quand on est habitué à un environnement (environnement = limites), on finit par s’y plaire plus que dans un autre. On rêve toujours d’un bonheur, d’un état de bien être, mais on le met à une place inaccessible pour protéger ce paradis, cette notion.
Une sorte d’absolu.

Sauf que, sans s’en rendre compte, au fil du temps, on vit « à côté de ses pompes ». On vit SANS ce bonheur. On finit par déprimer, par avoir un sentiment d’usure, et au lieu de penser « chaque jour est une nouvelle chance de faire des choses positives », on pense « pfuuu, encore un autre jour à vivre, à supporter, à endurer, à attendre… »
Si on nourrit son cerveau uniquement avec des choses anxiogènes (infos, séries télé avec meurtres, etc) on ne voit plus le reste du monde qui est positif.
Notre cerveau est fait pour fonctionner. Si vous ne le nourrissez pas avec des choses nouvelles, il s’ennuie, il tourne en rond et… Alors peut-être qu’il faut se forcer un peu, se mettre un (gentil) coup de pied aux fesses et oser sortir, apprendre, découvrir, etc.

« Méritez-vous le bonheur ? » peut également être une phrase clé parce que liée à un sentiment de culpabilité. Avez-vous vécu un événement négatif dont vous vous sentez responsable ? Si la réponse est « je me sens responsable d’un événement négatif dans ma vie » alors il faudra s’occuper de cette « responsabilité » et la remettre en cause, mettre de la relativité, etc. C’est un point important à discuter avec un psychologue.
Car lorsqu’on se sent coupable, on se sent mal de, par moments, se sentir bien…
(Un coupable ne mérite pas d’être heureux…)

Bien souvent, notre ego nous dit « tu étais là, donc tu aurais pu faire quelque chose », seulement voilà, notre ego nous fait souvent croire qu’on est le centre du monde, et nous fait oublier que souvent, nous ne sommes là que par hasard, que nous n’avons pas « tous les pouvoirs », etc.
Il est donc inutile de se sentir coupable de tous les maux du monde.

".../... Que l'on m'a donné le bonheur"
Qui ? Votre cerveau est le seul à déterminer où est le bonheur. Il peut donc être partout et facile à toucher. La soif d’absolu pose la question de l’intégrité. D’où vient notre soif d’absolu ? Qu’est-ce que la pureté ?

Qu’est-ce que le monde ?

Lorsqu’on regarde le monde très précisément, chaque petit élément qui le compose est pur. Et lorsqu’on regarde le monde de très loin, on ne voit qu’un agglomérat de choses disparates, un agglomérat impur. Alors à quelle échelle doit on se placer pour mieux voir le monde ?

Le voir tel qu’il est réellement ?

".../... et que je dois maintenant partir, que je devrais laisser ma place à quelqu'un d'autre"
Laisser la place à quelqu’un d’autre… Pourquoi avoir l’impression d’être en trop ? Et « l’autre », c’est qui ? Qu’est-ce qu’il a de plus ou de moins que vous ?

".../... et que jamais rien d'autre ne sera mieux que ce j'ai vécu."
ça, c’est un sentiment commun lorsqu’on sort d’un extase qu’on a eu du mal à obtenir.
Mais qu’est-ce qui vous empêche de retrouver cet extase ?
Et… Cette forme d’extase est-elle la seule possible ?

Beaucoup de questionnements… Mais les réponses existent et sont à votre portée, prenez le temps de relativiser, de réfléchir, de communiquer.

Si besoin de précisions, n’hésitez pas.